7 août 2010

UN POISON VIOLENT

Lorsque défilent les premières images du générique de fin d'Un poison violent, la surprise assaille le spectateur, qui attendait depuis une heure et demie que le film veuille bien commencer. Plein de promesses et de mystères, le premier long de Katell Quillévéré n'a rien de scandaleux mais semble manquer sans cesse de substance ou de style. En tout cas de quelque chose susceptible d'en faire perdurer l'existence après la fin du film. Car si l'on s'interroge régulièrement pendant la projection, c'est avant tout parce que la cinéaste ne nous dit pas grand chose et nous laisse nous débrouiller avec ces quelques personnages qui finiront par révéler leur manque de profondeur. Un poison violent aurait dû être livré avec une notice d'utilisation, ou au moins une bonne grosse note d'intention : cela nous aurait peut-être permis de savoir où voulait en venir la réalisatrice.
Au coeur de ce film curieusement anachronique, partagé entre des relents eighties et des envies de vingt-et-unième siècle, se dresse et se recroqueville Anna, ado bretonne tiraillée entre une situation familiale instable, un prétendant un rien pressant et une éducation religieuse qui la perturbe. Le film hésite entre chronique et roman d'éducation, montrant une demoiselle de 14 ans dont la vie semble régie par les conseils et décisions des adultes. Il y a ce grand-père truculent et mourant, gagné par une attachante misanthropie ; cette mère bigote et délaissée par un mari amoureux d'une autre ; ce jeune prêtre dont le rôle est avant tout celui d'un confident. Ces personnages très différents pourraient agir comme des révélateurs pour la jeune fille mais contribuent au contraire à un dispersement franchement fâcheux pour un film multi-directionnel. Il en résulte une impression de superficialité tant aucun des sillons choisis par Quillévéré ne semble suffisamment creusé.
Plus gênant : Un poison violent semble multiplier vainement les tentatives pour semer un certain trouble, voire un peu de malaise, dans le quotidien d'Anna - excellente Clara Augarde - comme dans la tête du spectateur. Les intentions des personnages et de la réalisatrice semblent assez difficiles à définir, certaines séquences étant beaucoup trop appuyées et à la limite du ridicule quand une extrême concision nuit à certaines autres. Et puis il y a cette envie trop voyante de ne surtout pas faire un film anti-religieux, d'où la caractérisation schématique de ce curé sympatoche et qui joue au foot avec les jeunes de la paroisse. Si Un poison violent réussit à rendre palpable les doutes qui secouent la jeune Anna, il laisse malheureusement très dubitatif toute personne qui aura tenté d'en percer les secrets et de lui trouver une justification qui tienne la route.






Un poison violent de Katell Quillévéré. 1h32. Sortie : 04/08/2010.

6 commentaires sur “UN POISON VIOLENT”

Voisin Blogueur a dit…

Arg...
Pour moi le film est très clair et dense, et il est subtil sans jamais être froid.
C'est subjectif...

Le curé près de chez moi jouait aussi au foot, tu sais c'est fréquent. Pour autant je trouve le film pas du tout sympa avec la religion. Il est parfaitement ambigu, montre bien les doutes de cette jeune fille prise entre sa croyance et la naissance de ses premiers désirs.

Sur le sujet ultra vu et revu des premiers émois ados je trouve que ce film-là a un vrai ton. Et la fin m'a mis les larmes aux yeux (elle a choisi de croire en ce garçon, elle s'éloigne de sa confirmation, prend le risque de finir comme sa mère...mais comment résister ? Et puis cette veste qu'elle a, plus rock, sui resssemble à celle de sa copine fumeuse au début du film...).

Manquerait plus qu'on nous balance une notice, tu exagères !

Pascale a dit…

Ben mon Tadounet, pour une fois je suis un peu plus d'accord avec le Robbie. Un ptit "commentonsensert" n'aurait pas de mal !

La scène du papy qui demande à sa petite fille de lui montrer là d'où il vient ne vous a pas choqués vous ? Je dois être trop vieille pour ses conneries... mais mon grand père m'aurait demandé ça, j'aurais été traumatisée à vie.

ritondecannes a dit…

Tout à fait d'accord avec ce commentaire. J'ai eu l'impression que Katell Quillévéré ne semblait pas vouloir se décider sur ses prises de position. Religieux, anti religieux ? Elle part dans toutes les directions en semblant s'y perdre plutôt qu'en voulant nous faire réfléchir. La longueur du sermon de saint Paul aux galates est exagérée, le choix de la bande son est tristounet, à part le morceau final. Le petit caprice du grand-père est assez limite et n'apporte rien au film. Peut-être une part autobiographique ?
La maman recherche les bondieuseries et le curé doute. Un film sur les difficultés de l'adolescence qui montre, peut-être, que rien n'est résolu avec cet adoubement et que toute la vie n'est qu'un doute et qu'un passage sans cesse répété !

Marie a dit…

ce film est tres bon ; riton de cannes, tu dois être jaloux car c'est le film d'une Bretonne.. ah ah, ça vous cloue le bec hein ! ce serait un film d'un réalisateur connu, vous l'encenseriez ! Quant à Pascale, je pense qu'à ton époque, tu n'aurais même pas compris ce que ton grand père te demandait ! ces choses là n'étaient pas "vues" comme maintenant. Moi j'avais un prêtre qui, au cathéchisme, nous passait la main dans le cou quand on répondait bien : était-ce un "mauvais" geste ? on n'était pas au courant de ces choses là ; aujourd'hui, on porterait peut-être plainte...
Bravo Katell. Continue.. Kénavo a henta !!

Anonyme a dit…

Manifestement il vous manque encore un peu de spiritualité pour saisir la finesse de cette oeuvre sublime.

Comme quand on est trop jeune pour apprécier le bon vin.

C'est une bonne nouvelle d'ailleurs, car cela vous laisse présager d'une joie à venir.

Rdv quand vous en serez arrivé là.

IHS

Anonyme a dit…

"tenté d'en percer les secrets et de lui trouver une justification qui tienne la route."

Il est là votre problème.
Il faut toujours tout expliquer, tout doit être justifié.

Vous comprendrez que c'est en fin de compte inutile, et que cela vous ferme bien des perspectives.

Car en fin de compte, le mystère est excellent pour l'imagination.

Pourvu qu'on en possède un peu évidemment ^^

Mc 8:12

 
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