22 août 2010

Tu verras des films, mon fils | #3 | LES LOIS DE L'ATTRACTION

Ami lecteur, si tu n'es toujours pas courant de l'actualité robgordonienne, sors de ta grotte et mets-toi à jour.

« Tu vois, Junior, je sens arriver le jour où, le bac en poche - avec félicitations du jury, sinon je te déshérite -, tu quitteras le splendide appartement parisien de tes chers parents pour aller t'installer dans un studio plus ou moins miteux et y entreprendre de longues et coûteuses études. Ne t'inquiète pas, ta mère et moi avons tout prévu : dès aujourd'hui, à chaque grossièreté prononcée, nous mettons un euro dans une tirelire-cochon dont le contenu sera ensuite transféré sur un compte bloqué. D'ici 2029, nous devrions donc disposer d'environ 30.000 euros destinés à financer tes années de fac, de classe préparatoire ou d'école de je ne sais quoi, ainsi que tes loyers mensuels. En revanche, et je serai inflexible, il est hors de question que nous continuions à te fournir un argent de poche suffisant pour que tu puisses te la couler douce et passer tes fins de semaines ou davantage à dilapider la fortune familiale en pintes de Guinness et en shooters d'Absolut - oui, tes géniteurs auront pris le temps de t'expliquer ce qui est vraiment bon. Tu devras donc effectuer un choix crucial entre une vie de paix intérieure et de culture à bas prix - je veux bien financer ta carte UGC et autres pass culturels - et une existence débridée mais exténuante, puisque tu seras contraint de te trouver un boulot ingrat pour financer tes beuveries. À toi de choisir, Junior. Réfléchis bien.

En tout cas, il est tout bonnement inconcevable que tu ressembles un jour aux personnages des Lois de l'attraction, jeunes types tellement friqués que ça en devient moche. Le problème n'est pas tant leur oisiveté insouciante que leur stupéfiante propension à être persuadés de valoir mieux que le reste de l'humanité, simplement parce qu'ils ont de plutôt belles gueules et les moyens de se défoncer sans s'inquiéter pour leurs finances. Mieux vaut que tu l'apprennes tout de suite, Junior : la vie n'est pas un open bar permanent, sauf pour une poignée de privilégiés qui ont certes l'avantage de pouvoir exaucer leurs propres 36.000 volontés en un claquement de doigts, mais sont si peu en contact avec la réalité de leur monde que j'ai presque envie de les plaindre. Non mais regarde un peu ces types : ils rodent dans les campus comme des spectres, le sourcil arrogant et le torse en avant, fiers de leurs pectoraux fraîchement formés. Ce ne sont en fait que des sommets de vacuité, capables certes de tenir quelques conversations, mais inaptes à évoluer dans un autre univers que celui de la superficialité. Ils boivent des bières, ont des bangs dans leurs chambres d'étudiants, et vont en soirée pour tringler des gonzesses au moins aussi paumées qu'eux. Junior, ne te méprends pas : je ne souhaite aucunement que tu entres dans les ordres et je te souhaite de beaux moments arrosés et de chouettes parties de jambes en l'air. Mais fais-moi le plaisir de faire ça proprement, sans avoir l'impression de baiser l'humanité toute entière dès que tu ramènes une gonzesse dans ta piaule.





Un peu de respect, que diable : je serais profondément triste que tu puisses ressembler, même l'espace de quelques heures, aux affreux types qui se tapent Lauren Hynde dans le film de Roger Avary. Quand on rencontre une fille qui ressemble à Shannyn Sossamon, on a au moins la classe de la séduire correctement, voire de lui faire la cour pendant de longues semaines si la demoiselle résiste. On ne lui sert pas un baratin moisi sur sa vision du cinéma avant de la ramener dans sa chambre et de la filmer en train de se faire culbuter par son colocataire. Surtout si la jeune femme en question est encore vierge - certes, ça n'est pas écrit sur son front - et que le coloc en question est si bourré qu'il finit par lui vomir dessus au moment de l'orgasme. Je ne dirais même pas que c'est beauf, parce que le beauf a souvent un côté sympa, une simplicité d'esprit qui fait qu'on l'excuse rapidement d'être ce qu'il est. Il n'y a pas de mots pour cette catégorie de gens qui se croient autorisés à souiller la terre entière sous prétexte qu'ils sont jeunes et qu'ils leur faut en profiter tant qu'il est encore temps. Desproges détestait ces jeunes-là, et il avait bien raison.

Je vais te dire un truc, Junior : les mecs présentés dans Les lois de l'attraction ne me font pas rêver une seconde, et aucun ne doit te servir de modèle. Franchement, qui peut avoir envie de ressembler à cette andouille cosmique de James van der Beek, qui fronce les sourcils pour se donner l'air méchant sans parvenir à faire oublier qu'il a une tête de Goofy ? Qui peut bien rêver d'avoir la tronche de Ian Somerhalder, endive absolue dont les jolis yeux bleux de minet et le corps un peu gaulé ne font pas tout ? Personne. À la rigueur, je préfère que tu sois une sorte de Victor, joué par Kip Pardue dans le film : si tu as la possibilité d'effectuer le même genre de road trips que lui et de les raconter avec les mêmes fulgurances de style comme dans la vidéo ci-dessous, alors c'est que tu as de quoi devenir un grand cinéaste ou écrivain. Si quelques années de débauche te permettent de développer ta personnalité et de devenir un artiste singulier, avec des bollocks et des choses à raconter, je vois mal comment ta mère et moi pourrions t'en vouloir. Je ne te rêve pas particulièrement en avocat au barreau de Paris ou en médecin pour grands brûlés : j'aimerais que tu trouves ta voie, et tout se jouera sans doute au moment de ta majorité. Tout ce que je demande, et tant pis si je me répète ou si mes propos te font penser à un mauvais morceau d'un mauvais groupe de reggae, c'est de respecter ceux qui le méritent et donc de te respecter toi-même. Te voir arriver à l'âge adulte en ayant accumulé de l'expérience mais pas sali ton honneur serait le plus beau des cadeaux. En attendant, Junior, commence par respecter tes chers parents en buvant sagement tes biberons et en faisant tes nuits dès ta naissance. Merci d'avance. »






Les lois de l'attraction de Roger Avary. 1h50. Sortie : 12/03/2003.

5 commentaires sur “Tu verras des films, mon fils | #3 | LES LOIS DE L'ATTRACTION”

Voisin Blogueur a dit…

Un peu de respect pour James s'il vous plait. C'est mon homme idéal (surtout ici en bad boy)

Dom a dit…

Oula, quelle arme à double tranchant est cette magnifique adaptation de Bret Easton Ellis ! Ca peut vite fasciner des mômes en recherche de sensations charnelles ; à équilibrer avec le visionnage de Dawnson.

Dom a dit…

Dawson est pas Dawnson 0_0

Dom a dit…

Dawson ET pas Dawnson *olala, je vais me recoucher*

Caroline a dit…

Le grand come back de l'acteur de Dawson qui était un peu mort...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz