30 août 2010

SALT

Sitôt vu, sitôt oublié : Salt ressemble à un film sous vide, qu'on consomme parce qu'on a pas le temps de boulotter quelque chose de plus consistant, et qui ne comblera notre faim que pour quelques heures avant que notre ventre ne se remette à gargouiller. Il ne fallait guère attendre plus de la part de Phillip Noyce, gentil tâcheron dont la filmo recèle quelques vagues plaisirs coupables où chacun trouvera éventuellement son bonheur. Le scénariste Kurt Wimmer a beau tenter de nous leurrer plus d'une fois en s'abandonnant à une machinerie scénaristique retorse, Noyce semble s'en moquer comme de sa première culotte et continue à filmer l'action comme s'il n'avait rien remarqué. C'est à la fois regrettable lorsqu'on se souvient des noms de cinéastes chevronnés un temps pressentis pour le film, et salvateur lorsqu'on imagine quels mauvais yes men auraient pu se charger de la chose et la rendre bien moins supportable. Comme ses agents, Salt est un film sans identité, et il faut l'accepter pour pouvoir en apprécier les quelques qualités.
Le film joue sur la trame classique de l'agent secret seul contre tous suite à un terrible complot visant à le faire passer pour un traître. Angelina Jolie incarne avec une sorte de flegme cette Evelyn Salt qui devait au départ s'appeler Edwin et être interprété par Tom Cruise. Sans faire trop étalage de sa sexytude, elle règle son compte par dizaines aux différents assaillants chargés de lui mettre le grappin dessus. On a déjà vu plus crédible : l'apparente facilité avec laquelle elle se joue de ceux qui lui en veulent concorde mal avec le réalisme voulu par Noyce. Il y a là-dedans un côté 24 heures chrono, Salt rappelant à plus d'un titre ce pauvre Jack Bauer souvent contraint de faire semblant de faire semblant de faire semblant pour parvenir à tromper l'ennemi. Sauf qu'ici, le scénario ne propose que quelques retournements finalement assez simplistes, qui sont assez loin d'être aussi jubilatoires que ceux de la fameuse série.
Le problème de Salt vient peut-être du choix d'Angelina Jolie, qu'on n'imagine pas une seconde accepter de jouer une vilaine russe capable de shooter le président des États-Unis. La dame a beau avoir travaillé avec Timur Bekmambetov, elle est avant tout une défenderesse sans humour de sa belle patrie, ce qui tend à nuire à un scénario tentant plus d'une fois de nous faire douter sur la véritable nature du personnage. Une interprète plus ambiguë aurait sans doute été la bienvenue... Reste un film d'action court, sec et assez nerveux, excitant lorsque l'héroïne se prend pour McGyver en construisant une bombe avec un extincteur et un pied de table, amusant quand elle saute de camion en camion sans une égratignure, fatigant dès que le script tente d'être trop sérieux et de traiter de géo-politique et de guerre nucléaire. La fin ouverte laisse le champ libre à une suite éventuelle ; difficile d'éprouver autre chose qu'une certaine indifférence face à une telle possibilité.



Salt de Phillip Noyce. 1h41. Sortie : 25/08/2010.

2 commentaires sur “SALT”

Dom a dit…

Mouais... Contrairement à Expendables, l'action n'est jamais jubilatoire, ça pue le déjà-vu de bout en bout, sauf peut-être dans une ou deux courtes séquences. Et puis le scénar', dans le genre "je sors de ma taverne et je suis convaincu que les Etats-Unis et l'URSS - oops, la Russie - sont toujours prêts à se taper sur la gueule", est hallucinant dans sa balourdise !
Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas autant emmerder au cinéma.

Pascale a dit…

"la rendre bien moins supportables" !!!


Moi j'aime Angelina.
Point.

 
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