4 août 2010

L'ILLUSIONNISTE

De façon assez incompréhensible, Sylvain Chomet avait ravi tout le monde avec les atroces Triplettes de Belleville, film angoissant, moche et pas drôle qui avait de quoi décevoir les quelques fans de La vieille dame et les pigeons, son moyen-métrage précédent. Pas manchot, doté d'un univers, Chomet a pourtant un problème : son dessin et le rythme de son animation ôtent à ses films toute chance d'être réellement drôle, d'où un résultat pathos et pathétique à la fois. D'où la grande idée de la regrettée Sophie Tatischeff, réalisatrice du précieux Comptoir et fille de Jacques Tati, de confier à Chomet un scénario inachevé laissé par son défunt père. Tati a beau être un artiste absolument inévitable et, aussi galvaudé soit le mot, culte, il y a dans son humour une sorte de désespoir permanent qui lui permet de transformer n'importe quel gag visuel en petit chef d'oeuvre de spiritualité... sans pourtant jamais arriver à être réellement hilarant.
On retrouve cet étrange paradoxe dans cet Illusionniste dont le héros est un vieil artiste fatigué dont le numéro désuet sent désormais la naphtaline et le sapin alors qu'il a jadis fait rêver plus d'un spectateur... Ce prestidigitateur ne fait plus rêver mais s'échine à poursuivre son numéro partout où il passe, de salles désespérément amorphes en pubs un peu trop chargés en alcool. Il n'émerveille pas, mais son côté loser commence par nous toucher droit au coeur. Et il en va de même pour le film, qui n'est drôle qu'en de très rares occasions mais crée une sorte de spleen loin d'être désagréable : celui qu'éprouvent les gentils has-been, gens de qualité qui n'ont juste pas su (pas pu ? pas voulu ?) évoluer avec leur temps. Réalisé façon Tati - plans larges, personnages muets ou presque, montage s'inscrivant dans la durée -, L'illusionniste séduit par son côté road movie suranné. On aurait parfaitement imaginé Tati dans le rôle, le grand personnage dégingandé étant d'ailleurs très fortement inspiré de sa morphologie si peu commune.
Ce qui gâche un peu le plaisir, c'est que le scénario écrit par Tati et réarrangé par Chomet - qui en aurait modifié 30%, selon ses dires - bifurque en cours de route vers un sentimentalisme de roman de gare qui ne fonctionne absolument pas et retire au film sa jolie substance. Quand le héros rencontre une jeune femme à tout faire qui se met à le suivre dans sa tournée, la tendresse - et rien de plus, rassurons-nous - qui unit les deux personnages les rend soudain complètement monolithiques, incapables d'avancer ou de nous émouvoir encore. Par moments, on retrouve le misérabilisme un peu gênant des Triplettes, notamment lorsque le vieux monsieur est contraint de multiplier les petits boulots pour subsister. La touche Tati est toujours là, mais le burlesque un peu raté qui faisait tout le charme de la première partie finit par s'évaporer peu à peu. On ne renouera jamais avec cette belle et forte première impression, le film se concluant sur une note trop mélancolique pour être honnête et trop fade pour nous emporter.



L'illusionniste de Sylvain Chomet. 1h20. Sortie : 16/06/2010.

2 commentaires sur “L'ILLUSIONNISTE”

Pascale a dit…

Je ne pense pas que faire rire était le but. Ou alors il aurait fallu moins de clown qui essaie de se pendre.
En tout cas, j'ai trouvé les dessins absolument merveilleux, mais le reste... quelle purge !!! Et c'est interminablement long malgré la pauvre petite heure 20 qu'il dure.
Et puis, fruit confis sur la tartiflette, le personnage de la fille : I.N.S.U.P.P.O.R.T.A.B.L.E. peste égocentrique.

Virgile a dit…

Tout comme c'est écrit précédemment, je ne pense pas que le film était fait pour faire rire. On
sourit plutôt du décalage entre ce grand échalas vieux jeu avec ce monde qui semble avancer trop vite.
Le côté "roman de gare" agace un peu, mais je me suis dit qu'il fallait regarder ça avec un oeil naïf d'enfant peut-être... pas totalement convaincue donc, mais pas déçue non plus. :)

 
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