11 août 2010

THE KILLER INSIDE ME

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, on est contraint d'accorder à The killer inside me une capacité bien particulière : celle d'arriver à glacer simultanément le sang de tous les spectateurs d'une salle de cinéma. Une sensation gerbante ou jouissive, tout dépend du point de vue. Sauf que Michael Winterbottom, stakhanoviste polymorphe dont la filmographie de cesse de gagner en intensité, parvient ici à coupler le gerbant et le jouissif et à rendre accro à sa dégueulasserie pure. Cette adaptation d'un roman de Jim Thompson - il y en eut une autre, en 1976, interprétée par Stacy Keach - n'est pas à mettre entre toutes les mains, pourrait bien faire hurler plus d'une meute de bien pensants, mais a pourtant tout d'un très grand film. Le genre qui tétanise et laisse pantois, comme si Winterbottom était parvenu à matérialiser à l'écran les terribles coups portés par le shérif Lou Ford, personnage le plus captivant de cette année cinéma un rien tiède jusqu'ici.
A priori, Lou Ford, c'est vous, c'est moi, un petit mec droit dans ses bottes qui tente de bien faire son métier et de s'assurer une bonne image dans cette bourgade texane dont il est le shérif. On a beau être prévenu par l'affiche, le titre et les commentaires ambiants, il est difficile d'avaler le fait que ce type apparemment propre sur lui est en fait un terrible bourreau de jeunes femmes, aimant tout particulièrement les cogner jusqu'à ce que mort s'ensuive. Sans raison, comme ça, juste pour assouvir ses terribles penchants. Le brio de The killer inside me vient en partie du fait qu'il ne joue jamais la carte du film policier : malgré les uniformes et les morts atroces, le film s'attache avant tout à décrire par le menu les agissements de ce monstre bicéphale. Et c'est terrible, car Casey Affleck réussit le tour de force incroyable d'éviter toute démonstration façon Actor's studio et de rester imperturbablement retors, à notre hauteur, comme pour nous montrer que derrière chaque être humain peut se cacher le pire des assassins.
The killer inside me est un film sado-maso par excellence, qui devrait nous donner envie de quitter la salle en poussant des hauts cris - et certains le font -, mais met en place une sorte de phénomène addictif mettant le spectateur aux prises avec ses propres pulsions. La façon qu'a Winterbottom de banaliser ce genre de crise de folie meurtrière n'est en rien racoleuse, le cinéaste ne s'inscrivant pas dans un processus de voyeurisme. Elle fait juste froid dans le dos. Par la gratuité des violences exercées par les personnages, le film rappelle fortement l'impressionnant Surveillance de Jennifer Lynch, sensation renforcée par la présence d'un Bill Pullman qui offre ici encore une prestation d'anthologie. Mais Michael Winterbottom évite soigneusement le grand guignol, slalome entre les analyses psychologiques, et livre un portrait épuré de ce Lou Ford qui n'a pas fini de nous hanter tant il ressemble au petit diablotin capable de mettre notre bonne conscience K.O. et de nous transformer au moment le plus imprévisible en brute sanguinaire et incontrôlable. Sacré tour de force.




The killer inside me de Michael Winterbottom. 2h. Sortie : 11/08/2010.

7 commentaires sur “THE KILLER INSIDE ME”

Pascale a dit…

ah je lis pas !!!
Je ne pourrai pas le voir avnnt...
je sais pas quand.
Faut absolument la VO pour la voix de canard de MON Casey !!!

Ce film part pour moi avec un capital ***** alors l'a intérêt.

C'est vrai qu'UN de nos points communs c'est Winterbottom notre chouchoubidoudamour !

Casey est à MOI.

Je vous laisse les mecs qui ont de la classe genre...

Jordane a dit…

Casey est aussi à moi, Pascale ! et moi, c'est pour ce soir en VO :)
4 étoiles et demi, c'est un putain de bon score ici, ça ! j'en attendais pas tant.
Yeah !

Kilgore a dit…

Rob Gordon a raison, un film assez fascinant ; je suis assez estomaqué de voir la naïveté de certains critiques au moment d'analyser ce film... The Killer Inside Me prend place au côté du génial The Grifters dans la série des adaptations réussies de Jim Thompson.

Pascale a dit…

Casey est GRAND !!!

et on est tout petits !

Rod - Le HibOO a dit…

donc en gros pour les filles ... le film est genial parce que c'est casey ... pourquoi pas.

Rob, tu es mon ami pour la vie, je pense comme toi :)

tonton phil a dit…

Hello,
Ha, 2 heures à supporter ce Dexter version très méchant avec son chapeau de cow-boy...
Heureusement qu'il ... à la fin, au moins là il n'y aura pas de suite.

catnatt a dit…

il n'y a pas de violence gratuite ds ce film à partir du moment où tu acceptes le fait que tu suis un psychopathe. Tout ceci fait sens. Il y a même un début d'explication avec ce qu'on entrevoit avec la mère.

J'ai adoré. C'est insoutenable, mais je crois que dans la scène où on assiste à la démolition de la première victime, on touche du doigt ce qui peut se passer dans la tête d'un de ces malades, mélange d'amour et de haine, pulsion de mort high level.

Un film, c'est censé faire quoi ? Procurer des émotions, faire réfléchir. Eh bien, dans le genre, c'est un excellent film, peut -être un des meilleurs de l'année. Sujet repoussant ou pas.

 
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