24 août 2010

GENTLEMEN BRONCOS

Il semblerait que Jared Hess ne soit pas près de conquérir la France : après Napoléon Dynamite et Super Nacho, voici que son troisième film s'apprête à être distribué lui aussi en loucedé. Comme si notre pays n'était pas assez pourvu en nerds. Hess est pourtant un cinéaste de qualité, qui jusqu'ici manquait régulièrement de se prendre les pieds dans le tapis en s'abandonnant à des délires trop poussés ou personnels pour ne pas perdre le spectateur. Si Gentlemen broncos est son meilleur film, c'est justement parce qu'il prend le soin de réguler les trips qu'il propose en les incorporant savamment à son récit. Et pour cause : ici, tout le matériau barré fait partie de l'oeuvre créée par Benjamin, adolescent solitaire passant le plus clair de son temps à écrire des romans de SF et de fantasy. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les univers composés par le jeune homme sont pour le moins singuliers : dans Yeast Lords : The Bronco Years, le héros part à la recherche de ses gonades, qui lui ont été prélevées à des fins scientifiques avant d'être égarées...
Le film opère un zigzag permanent entre la mise en images délirante de l'«oeuvre» écrite par Benjamin - et jouée par un Sam Rockwell survolté - et le récit de sa jeunesse laborieuse. Incapable de séduire, peinant à se trouver, il participe à une convention de jeunes auteurs de science-fiction et se fait piquer son manuscrit par Ronald Chevalier, écrivain idolâtré, vaniteux et en sévère panne d'inspiration. Comme dans ses précédents films, Hess excelle à décrire la frustration intérieure d'un type convaincu de pouvoir faire de grandes choses mais incapable de rendre cette idée populaire. Cantonné jusque là à une majorité de seconds rôles, Michael Angarano se distingue par sa capacité à rendre le héros aussi attachant que pitoyable sans jamais tomber dans une pose un rien agaçante à la Michael Cera. Voilà enfin un loser magnifique, pas un ado se créant une fausse ringardise pour se rendre attirant. Hess s'impose comme le cinéaste ayant le rapport le plus sincère à la nerditude, et son film n'en est que plus touchant.
Gentlemen broncos ne manquera pas de parler à chacun. Ceux qui ne sont jamais parvenus à lire plus de 50 pages d'heroic-fantasy sans tomber dans les bras de Morphée se régaleront de ce qu'ils prendront comme une satire de ces bouquins déployant des trésors d'inventivité pour accoucher au final d'aventures dépourvues de chaleur et d'humanité. Quant aux fans du genre, ils apprécieront l'hommage tendre et jamais malfaisant apporté à ce genre qui continue de bercer des générations de puceaux en pull jacquard. Et que Jared Hess permette à l'un des personnages de réaliser une adaptation quasiment suédée des écrits déjà miteux du pauvre Benjamin n'est qu'un ravissement de plus, qui offre une dimension supplémentaire et encore plus succulente à cet excellent divertissement à portée sociologique. Il conviendra au moins de le rattraper en DVD.



Gentlemen broncos de Jared Hess. 1h25. Sortie : 25/08/2010.

1 commentaire sur “GENTLEMEN BRONCOS”

Pascale a dit…

J'ai bien lu Sam Rockwell ???

Aaaaaaaaaaah je meurs !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz