5 août 2010

[DVD] ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE

Amber Heard n'est peut-être qu'une comète, mais son passage éclair dans le cinéma indépendant américain aura en tout cas illuminé plus d'une oeuvre de qualité. De Remember the daze à Mandy Lane, l'actrice a su imposer un style, celui de la fille inconsciente de sa perfection mais plus charismatique tu meurs. Une description qui colle parfaitement au personnage de Mandy Lane, lycéenne n'ayant rien demandé à personne mais objet de fascination amoureuse pour l'ensemble des garçons de son âge, le tout vraiment malgré elle. Avant Wackness, sorti dans nos salles il y a bientôt deux ans, Jonathan Levine se démarquait déjà par sa capacité à monter une chronique adolescente avec trois fois rien et beaucoup de style. Image surexposée, bande originale impeccable, cadrages serrés : il parvient en quelques plans à poser une ambiance et à décrire l'influence de cette fameuse héroïne sur ceux qui l'entourent. A-t-on souvent vu plus fin et efficace dans la façon de croquer les frustrations de l'adolescence, de sentiments non partagés en personnalités mal assumées ? Pas vraiment.
Mais All the boys love Mandy Lane est loin de se contenter de ce réalisme micro-sociétal, et s'enfonce de plus en plus loin dans le film de genre avec une jubilation toute particulière à prendre une nouvelle direction toutes les dix minutes pour mieux désamorcer ce qui précède. Filmant toujours aussi divinement, Levine nous emmène dans le slasher, contourne le whodunit, et bifurque par le survival sans jamais cesser de captiver et de tétaniser par sa propension à réussir de manière égale son incursion dans chacune de ces voies. Résultat : rarement un film d'une heure vingt aura semblé aussi court, créant un certain sentiment de frustration face à une oeuvre pétrie de fulgurances et d'attraits. On rempilerait volontiers pour une heure supplémentaire.
Cette tendance à sauter en permanence d'un domaine à l'autre est extrêmement maîtrisée et ne laisse jamais l'impression d'un film-objet qui se regarderait le nombril et ne produirait rien d'autre que de la surprise. Car s'il s'abrite sous une coquille de thriller addictif et rebondissant, All the boys love Mandy Lane ne cesse de briller par sa peinture de l'instabilité adolescente. Une prétendue petite bite, une pilosité mal gérée ou un très léger surpoids peuvent suffire à faire s'écrouler un monde où tout n'est qu'apparence et méchanceté à l'égard de ces concurrents qualifiés abusivement d'amis. À plus d'un titre, cette dictature de l'apparence est le sujet principal d'un film qui aurait évidemment mérité les honneurs d'une sortie en salles et finit par nous arriver en DVD quatre ans après sa réalisation. Jonathan Levine est en tout cas un jeune type à suivre de très près, et son film à venir, interprété par Joseph Gordon-Levitt et Seth Rogen, a vraisemblablement tout pour confirmer son énorme talent.


Bénéficiant d'un traitement impeccable qui rend grâce à l'impressionnant travail sur l'image de Jonathan Levine, ce DVD Wild Side propose en suppléments principaux deux interviews. La première, la plus courte et la plus passionnante, est celle de Levine lui-même, jeune type brillant et à peine conscient de la facilité déconcertante avec laquelle il est devenu à 34 ans l'un des meilleurs rapporteurs de la condition adolescente. Il raconte son parcours et ses choix avec une simplicité qui le rend aussi attachants que ses oeuvres. On passera un peu plus vite sur le long entretien avec Amber Heard, actrice certes fascinante - lorsqu'elle avait encore de la peau sur les os - mais n'ayant rien d'absolument indispensable à nous apprendre sur le film.



All the boys love Mandy Lane de Jonathan Levine. 1h28. Sortie DVD : 04/08/2010. Éditions Wild Side.

1 commentaire sur “[DVD] ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE”

Dom a dit…

Ta critique me perturbe ! Jusqu'à présent, je n'avais eu que des échos peu élogieux sur ce film. Moi qui apprécie plutôt Amber Heard et garde de bons souvenirs des slashers de mon adolescence, me voilà plus qu'attirer vers le blu-ray du film...
Hum hum *hésitation*

 
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