14 août 2010

DROIT DE PASSAGE

Wayne Kramer n'a pas de bol : pour une raison obscure, la sortie française de ses films est irrémédiablement massacrée. Il fallait être sacrément motivé pour parvenir à voir Lady chance, son premier long, tout comme La peur au ventre, son deuxième. Droit de passage a failli subir le même sort avant d'être opportunément remis en avant à la faveur d'un mois d'août modeste en sorties d'envergure. Un choix moyennement judicieux, la période estivale ne semblant pas la plus propice pour sortir un film choral autour de différents problèmes d'immigration.
Pour aborder un sujet aussi sensible, Wayne Kramer a choisi une structure en étoile et engagé Harrison Ford pour en être le centre. L'acteur, qui peine de plus en plus à trouver des rôles convaincants, incarne un agent des services d'immigration des services de Los Angeles qui se trouve confronté jour après jour à des cas extrêmement épineux et peine à trouver sa place. Difficile en effet de choisir entre adopter une posture purement autoritaire et outrepasser sa fonction pour offrir une aide sociale lorsque cela est possible... Cette question, qui ne cesse de créer le débat dès qu'il s'agit d'immigration, est relativement bien traitée à travers ce personnage plutôt âpre mais pas dépourvu de coeur, qui aimerait pouvoir se démultiplier et proposer une aide individualisée à ceux qu'il croise sur son chemin, mais doit le plus souvent rester dans les clous et se contenter d'appliquer les procédures qui lui ont été inculquées.
Pour le reste, Droit de passage est un film choral relativement classique, c'est-à-dire aussi instructif qu'ennuyeux. On sent chez Kramer un désir d'exhaustivité qui s'exprime dans la variété des nationalités choisies (Bangladesh, Australie, Corée, Mexique...) comme dans le type de difficultés rencontrées par les personnages, qu'ils soient en passe de s'installer légalement aux États-Unis ou qu'ils aient été contraints d'employer des méthodes plus ou moins douteuses pour avoir le droit de tenter le rêve américain. On sent peser sur le film le regard d'un cinéaste démocrate, c'est-à-dire mollement centriste, qui offre donc un regard légèrement tiède sur la religion, le racisme et la politique d'immigration. De ce fait, ce sont peut-être les storylines les plus occidentales, et donc les moins connotées, qui sont les plus intéressantes : on pense notamment au personnage de l'actrice australienne jouée par Alice Eve, qui se fait faire une fausse carte verte pour percer aux States et se retrouve prise dans un engrenage assez moche. L'occasion de rappeler que l'immigration n'est pas qu'un problème de gens basanés et de langages exotiques. Certains de nos ministres feraient bien de jeter un oeil au film pour se mettre dans le crâne ces quelques évidences...




Droit de passage (Crossing over) de Wayne Kramer. 1h52. Sortie : 04/08/2010.

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