16 août 2010

DJINNS

Il semblerait qu'un mauvais génie se soit introduit par mégarde dans le cinéma français, et qu'il ait proféré une formule magique pour que nos films de genre soient pourvus soit d'un scénario moisi, soit d'une mise en scène rachitique - quand ce n'est pas les deux. Ainsi, Djinns a plutôt de la gueule mais atteint malheureusement des sommets d'ennui par la faute d'un scénario sans doute trop écrit. C'est bien dommage : le premier film de Sandra et Hugues Martin dispose en effet d'une photographie relativement admirable, qui aide à installer une certaine ambiance et à insuffler pas mal de mystère. Grands angles à couper le souffle, couleurs travaillées mais discrètes : sur ce point, il n'y aurait pas à rougir de la comparaison avec certaines oeuvres étrangères nous ayant récemment fait trembler.
Se déroulant dans l'Algérie de 1960, Djinns entend faire le grand écart entre réalisme militaire et phénomènes surnaturels. Avec finalement une certaine prédisposition pour le film de guerre : la bande de militaires qui servent de héros au film passe son temps à se hurler dessus, à régler ses problèmes d'autorité, puis à péter les plombs en défouraillant à tout va. Pour le thriller fantastique on repassera, en raison d'un apparent manque de moyens concernant les effets visuels. Sur ce point, les deux metteurs en scène jouent la carte du minimalisme en tentant de réduire autant que possible les plans à effets spéciaux ; le problème, c'est que ce désir d'économies à tout prix est bien trop voyant et que les apparitions des fameux djinns n'ont pas le temps d'être effrayantes. On comprend bien les problèmes des jeunes cinéastes qui tentent de financer leur premier long et sont contraints de se serrer la ceinture, mais lorsque le découpage semble moins destiné à gagner en efficacité qu'à éviter des dépenses, cela finit par être gênant.
Martin & Martin ont misé à fond sur les dialogues et les rapports entre les nombreux personnages qu'ils ont créés. Hélas, la plupart de ces protagonistes sont assez mal croqués, et interprétés avec outrance. En tête, Thierry Frémont et Grégoire Leprince-Ringuet piétinent allègrement leur partition. Cela ne pardonne pas lorsqu'un film tente de jouer au maximum sur la suggestion, ce qui est le cas ici : on voit très peu ces esprits maléfiques du désert mais on en parle beaucoup. Et finalement beaucoup trop. Bavard, longuet, sans réelle montée en puissance, Djinns se traîne et devient rapidement aussi inintéressant qu'abscons - ceci expliquant sans doute cela. On se contrefiche du devenir de ces personnages taillés à la serpe, tout comme on peine à saisir l'obstination des réalisateurs à vouloir à tout prix offrir un sous-texte politique premier degré alors que celui-ci ne présente visiblement aucun intérêt.



Djinns de Sandra & Hugues Martin. 1h40. Sortie : 11/08/2010.

7 commentaires sur “DJINNS”

Dom a dit…

Ouais, eh bien, l'affiche m'intriguait dans le métro, maintenant, ça m'intéresse moins !
(bien la nouvelle mise en page du site, les critiques sont plus aérées mais à gauche, le "orange-jauni" sur le orange n'est pas très lisible)

Rob Gordon a dit…

Je vais essayer d'y remédier mais je ne promets rien... Cette zone me pose problème, en plus elle ne s'affiche que sur certains navigateurs...

Dom a dit…

C'est pas évident le web, c'est même la prise de tête assurée... Bon courage !

Anonyme a dit…

Ou comment mettre une note sans rapport avec la critique.

Rob Gordon a dit…

Hin hin. Tu peux développer, cher anonyme ?

Anonyme a dit…

Pour faire court : mettre 1,5 à un film dont tu loues le coté technique, "la beauté de la chose", je trouve ça un peu léger.

Douce sensation que le film est descendu juste pour contredire la majorité.

Rob Gordon a dit…

Si c'était le cas, je n'aurais même pas mentionné cette qualité...

L'image a beau être belle, le film est si vide, creux et ennuyeux qu'il mérite à mes yeux cette note. Je ne suis pas un instituteur de maternelle qui donne des bons points à ses élèves dès qu'il y a un tout petit truc un peu joli dans un coin d'une feuille sur laquelle il aurait fait un coloriage hyper moche.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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