18 août 2010

D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE

Pour sûr, ce n'est pas l'ambition qui étouffe Isabelle Czajka : son deuxième long est d'une incontestable modestie, laquelle constitue à la fois une gentille petite qualité et un insondable défaut. D'amour et d'eau fraîche est en effet une petite chose insignifiante, écrite et filmée platement, et qui ne présente un minimum d'intérêt que grâce à la présence des jolis et adorables Anaïs Demoustier et Pio Marmaï. Beaux à regarder, éminemment sympathiques, ils sont la minuscule raison d'être de ce film bâtard et sans épaisseur qui fait s'interroger sur le devenir de cinéaste de Czajka.
Cela commence comme une comédie sociale sur la terrible condition de nos Bac+5, qui slaloment entre les stages miteux et les CDD précaires. Au centre du film, Julie, néo-parisienne un peu naïve qui découvre, c'est affreux, la dure réalité du monde du travail. Soit trois quarts d'heures à base de commandes de plateaux-repas et de démarchages chez les petits vieux. Pourquoi pas : mais l'écriture est si peu documentée et manque tellement de finesse que l'ensemble peine à trouver son intérêt, plombé qui plus est par une mise en scène en roue libre. Comme si les choix de caméra n'étaient déterminés que par la place des meubles et la place disponible pour la poser.
Bref, c'est moche, mais un espoir subsiste pourtant, le titre et l'affiche semblant indiquer un brusque revirement de situation dans la vie de Julie et donc dans le film. Le problème, c'est que sa rencontre avec l'échevelé Ben, branquignol oisif au vrai bagout, ne mènera que sur un petit voyage en Espagne que Czajka choisira d'agrémenter d'une vague dimension policière. Oh mon Dieu, il a un flingue ! Les scènes s'enchaînent et confirment la propension de la réalisatrice à ne rien dire et à ne pas raconter davantage. Même une séquence potentiellement grisante, comme celle où les deux héros convoient une voiture chargée d'objets illicites en Espagne, est tuée dans l'oeuf par une écriture frileuse qui annihile toute possibilité de suspense.
D'amour, il n'est guère question ici. D'eau fraîche, encore moins. On nage en plein vide, en plein schématisme, comme si la réalisatrice avait filmé par erreur le premier jet de son scénario au lieu de la version définitive. Reste heureusement le couple Demoustier-Marmaï, qui prend visiblement un certain plaisir à évoluer ensemble. Plaisir relativement communicatif, comme s'il s'agissait pour nous de regarder leur film de vacances, scènes de full frontal incluses. Il est une nouvelle fois parfait dans son rôle de charmeur fou, et elle est impayable lorsqu'elle enchaîne les sarcasmes devant les types un peu trop vieux pour elle avec lesquels elle couche. À condition de ne pas espérer ressentir la gravité sociétale, le frisson policier ou l'intensité romantique, D'amour et d'eau fraîche pourrait finir grâce à eux par ressembler à une plaisante bouffée d'oxygène. Dommage que le film soit si crétin.



D'amour et d'eau fraîche d'Isabelle Czajka. 1h30. Sortie : 18/08/2010.

4 commentaires sur “D'AMOUR ET D'EAU FRAÎCHE”

taille crayon a dit…

Coucou.

Comme à l'habitude...

Un vrai regal ton blog

De super article.... j'adore..

Continue...

LOrent

Rom a dit…

Rien que le titre laissait présager un film plat et sans odeur (sans jeu de mot).

Sacrée blog tout de même. Souvent Rob a raison, oui.

Dom a dit…

Dommage car le sujet présente une base intéressante...

Pascale a dit…

Pauvre Pio, pauvre Anaïs...

t'as vu y'a un Rom chez toi ?
Qu'est-ce qu'on fait ?
On le dénonce ?

 
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