25 août 2010

CRIME D'AMOUR

Stupéfiante homonymie : le cinéma français compte deux Alain Corneau. L'un est un cinéaste qui nous offrit notamment Série noire et Tous les matins du monde, mais dont personne n'a plus entendu parler depuis Le cousin, réalisé en 1996. Le second vient d'enchaîner Les mots bleus, Le deuxième souffle et Crime d'amour, sans jamais sembler s'interroger sur sa légitimité de metteur en scène. Profitons de cette amusante coïncidence pour s'intéresser à ce qu'aurait donné Crime d'amour s'il avait été réalisé par Alain Corneau n°1 et pas par Alain Corneau n°2.
Jadis, Alain Corneau n°1 était réputé pour sa direction d'acteurs au cordeau et pour ses choix de casting judicieux. Comment oublier le Patrick Dewaere de Série noire ou le Guillaume Depardieu de Tous les matins du monde, pour ne citer que ces deux acteurs trop tôt disparus ? Il est donc certain que jamais il n'aurait engagé Ludivine Sagnier, qui était encore prometteuse lorsqu'elle se laissait aller dans des rôles bien choisis de femme-enfant, et plus encore qu'il ne l'aurait jamais dirigée de cette manière. Car Alain Corneau n°2 l'encourage apparemment à aller toujours plus loin dans l'hystérie, les crises de larmes, le tapage de pieds et les regards perdus vers l'horizon. Grave erreur : la demoiselle mérite tous les Razzie Awards de la terre pour sa prestation.
Vieux briscard, connaissant comme sa poche les artisans du septième art hexagonal, Corneau n°1 n'aurait sans doute pas embauché Yves Angelo, réalisateur de pacotille et catastrophique directeur de la photo qui était déjà responsable des lumières clinquantes et ridicules du Deuxième souffle, impardonnable remake d'un film de Jean-Pierre Melville. Erreur effectuée par Corneau n°2, qui livre un film d'une absolue laideur, non seulement à cause de son image mais aussi de par les différents choix esthétiques - décors et autres - effectués. Crime d'amour ressemble à un catalogue Habitat filmé par un vidéaste amateur, et c'est extrêmement horripilant.
Dernière chose avant de laisser moisir aux oubliettes ce très très gros navet même pas assez fun pour devenir un bon nanar des familles : ayant jadis adapté Pascal Quignard et Jim Thompson, Corneau n°1 aurait su qu'il ne faut pas confier un scénario à un enfant de 12 ans, même si celui-ci a déjà dévoré quelques dizaines de romans de gare. Car à moins de vouloir jouer la carte de la parodie, aucun réalisateur ne peut se permettre d'aligner des dialogues aussi indigents et de mettre près de deux heures à développer une intrigue nulle, où la seule minuscule surprise concerne un revirement de situation qui survient à mi-film. Avant, après et même pendant, l'ensemble manque de crédibilité, de finesse et de classe, comme une dissertation de philo écrite au feutre mauve par une adolescente brouillonne et neurasthénique. On nous avait rarement servi ce genre de schéma criminel façon « je fournis toutes les preuves de la culpabilité et ensuite je retourne tout, et du coup j'ai l'air vachement honnête ». Alain Corneau n°2 ose, accumulant les détails grossiers et aberrants pour venir à bout d'une histoire qui ne passionne que lui. On conseille aux deux hommes de se rencontrer un de ces jours et de prendre le temps de confronter leurs filmographies. Numéro 1 parviendra peut-être à dissuader numéro 2 de continuer à faire du cinéma, et ce dernier pourra peut-être à son tour convaincre son illustre aîné qu'il n'est pas trop tard pour effectuer au moins un baroud d'honneur au lieu de laisser le nom de Corneau se faire salir comme c'est le cas depuis quelques années.



Crime d'amour d'Alain Corneau. 1h44. Sortie : 18/08/2010.

5 commentaires sur “CRIME D'AMOUR”

Pascale a dit…

Je crois que la prestation de Ludivine Sagnier est un everest de nullité qui saisit le spectateur à la gorge, s'empare du film pour ne plus le lâcher... Et elle est de pratiquement tous les plans.
Ses gesticulations et minauderies démolissent ce film à tout jamais.

Le summum (parmi les pics d'absurdité) étant quand même le sourire angélique qu'elle offre au juge qui l'absout ! La justice en prend en sacré coup dans les lattes.

Tant qu'elle était petite fille, elle était prometteuse depuis quelques années elle ne cesse de prouver à quel point elle ne sait pas faire...

Virgile a dit…

"Crime d'amour ressemble à un catalogue Habitat filmé par un vidéaste amateur."
J'aime.

Déjà que la bande-annonce ne présageait rien de bon, cette chronique confirme l'option navet encore plus... Merci.
Par ailleurs, Ludivine Sagnier devrait être érigée au Panthéon des actrices les plus horripilantes dont la France semble avoir le secret...

Jordane a dit…

très bonne critique, Rob ! Il n'y a guère que la prestation de Kristin Scott Thomas pour relever un peu la tête de l'eau...
Pauvre Corneau !

Silent Bo a dit…

"ce dernier pourra peut-être à son tour convaincre son illustre aîné qu'il n'est pas trop tard pour effectuer au moins un baroud d'honneur"

Bon ben cette fois-ci c'est trop tard. Dommage qu'il ait achevé sa carrière sur ce mauvais film donc !

BMR a dit…

Malheureusement Rob n'aura pas (cette fois) raison et la rencontre entre Corneau 1 et Corneau 2 n'aura pas lieu ...

 
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