3 août 2010

CELLULE 211

Datant de 2008, Cellule 211 doit sans doute sa sortie française à la grande tendance actuelle des films de prison. Et c'est tant mieux : récompensé partout où il est passé, croulant sous une pluie de Goyas - les Césars espagnols -, le film de Daniel Monzón a de l'efficacité à revendre et brille par sa propension à faire d'un centre pénitencier un véritable lieu d'étude sociologique. Même si les postulats sont relativement différents, le film fait parfois penser à l'excellente Expérience d'Oliver Hirschbiegel par sa vision de l'enfermement comme vecteur de folie furieuse et stupéfiant accélérateur de crise. Et par sa façon de placer au coeur de la tourmente carcérale un personnage n'appartenant pas à cet univers : ici, il s'agit de Juan, jeune type passant faire une simple visite avant de démarrer le lendemain son job de maton. C'est à travers son regard que l'on pénètre cette micro-société mystérieuse et inquiétante.
De l'inquiétant au dangereux, il n'y a d'ailleurs qu'un pas : des émeutes dans le QHS, un léger quiproquo et Juan se retrouve enfermé avec les taulards en furie tandis que tous ses futurs collègues se sont retranchés dans une zone bien plus sûre. Et voilà le personnage contraint de jouer double jeu en se faisant passer pour un nouveau détenu. S'engage alors un jeu d'échecs assez haletant où il s'agit de protéger son identité tout en tentant si possible de calmer les ardeurs d'une horde de malabars prêts à tout pour faire entendre leurs revendications. La première partie de Cellule 211, à défaut d'être surprenante, est rondement menée et laisse entrevoir un énorme potentiel de thriller carcéral fortement chargé en violence pure.
Le film prend pourtant d'autres chemins, en tout cas en partie. D'une part en s'intéressant de plus en plus près à la prise d'otage à l'intérieur de la prison de membres de l'ETA, et d'autre part en faisant considérablement évoluer le personnage de Juan, que des événements successifs vont rendre bien moins tendre qu'au début. S'il ne perd quasiment pas en efficacité, Cellule 211 commence en revanche à fléchir côté script : on ne croit guère à la progression psychologique du jeune blanc-bec même si Monzón tente de la justifier avec le plus d'application possible. Difficile dans ces conditions d'adhérer totalement au propos ; reste un film assez solide et légèrement dérangeant, mais qui aurait sans doute pu l'être davantage en dénonçant de façon plus fine le mauvais traitement de certains prisonniers.




Cellule 211 (Celda 211) de Daniel Monzón. 1h50. Sortie : 04/08/2010.

4 commentaires sur “CELLULE 211”

Pascale a dit…

Bon tu t'es laissé aller là :

"tandis alors que tous ses futurs collègues dans une zone bien plus sûre." C'est zarbi.

Moi aussi j'hésite souvent donc je ne te jetterai pas la pierre Pierre mais événement a deux accents aigus.

Et puis "du jeune blanc-bec mais si Monzón tente" : rezarbi.

Rob Gordon a dit…

Ouh la la.
Merci.

Armand a dit…

Il est sorti en 2009 en Espagne, il me semble. J'ai beaucoup aimé le film, même si le numérique du pauvre m'a plus gêné que convaincu.

Pascale a dit…

Enfin, j'ai pu le voir.

Deux heures de tension : c'est bon !

 
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