17 août 2010

CE QUE JE VEUX DE PLUS

Derrière ce titre mal fichu, dû sans doute à une traduction trop littérale, se cache un drame poignant sur un sujet ordinaire : l'adultère. Vu de loin, le film de Silvio Soldini présente les mêmes caractéristiques qu'un milliard d'autres oeuvres sorties depuis l'invention du cinématographe : c'est en effet l'histoire détaillée de la rencontre d'un homme et une femme déjà en couple. Elle vit avec un charmant nounours qui la chouchoute, l'écoute et la fait rire ; il a déjà deux enfants avec une femme dont il semble s'être déjà un peu éloigné. Anna et Domenico se croisent par hasard, se retrouvent ensuite, et ne cesseront plus de se télescoper jusqu'à approcher du point de rupture. Ce que je veux de plus est le parfait résumé de la détresse qui peut s'emparer d'êtres semblant soudain revivre au contact de l'autre, ce qui ne va pas sans une certaine douleur. Mentir, tricher, rentrer chez soi le soir et peiner à regarder en face la personne avec laquelle on vit... Sans en faire des victimes pour autant, Silvio Soldini montre que ces personnages sont humains avant tout, pas d'immondes salauds se moquant bien du mal qu'ils peuvent faire autour d'eux. L'adultère est au coin de la rue, et personne ne peut prétendre en être totalement protégé.
De la rencontre à l'heure des choix, le film balaie un certain nombre d'étapes et n'en saute pour ainsi dire aucune, sans pour autant être étouffé par un besoin d'exhaustivité. Soldini montre brillamment comment des gens raisonnables parviennent à frôler l'inconscience de façon soudaine et imprévisible, simplement parce qu'ils ont en face d'eux une personne qui leur donne envie d'envoyer leur existence passée dans le fossé et de se mettre à vivre enfin au lieu de se contenter de survivre. Il y a une certaine cruauté dans sa façon de montrer à quel point Alessio, l'adorable mari d'Anna, ne "mérite" pas d'être ainsi trompé ; mais le cinéaste ne juge pas, se contentant de dresser ce simple constat sans le commenter outre mesure. Et quand arrive l'instant où reculer n'est plus possible, lorsqu'il faut effectuer ce choix crucial entre une vie ordinaire mais peut-être confortable et un nouveau départ alléchant mais risqué, Soldini se mouille et fait un choix, encore une foi sans jamais approuver ou contester celui-ci.
Bienvenue dans deux heures d'une passion exaltée et forcément destructrice, qu'on ne cherche absolument pas à nous faire passer pour l'histoire d'amour la plus originale de notre époque, mais qui possède au contraire cet aspect universel assez effrayant pour qui nourrit trop de certitudes à propos de la solidité de son couple. Magnifié par une bande originale franchement réussie, qui lui confère une certaine modernité en même temps qu'un aspect baroque collant idéalement à la mise en scène, Ce que je veux de plus est une très belle réussite, qui révèle ou confirme deux interprètes : Alba Rohrwacher, petit poussin tombé du nid, pas franchement jolie mais incroyablement touchante, et Pierfrancesco Favino, curieux italien aux traits orientaux, dont le regard blessé est sans doute l'un des plus beaux qu'on ait pu voir cette année.



Ce que je veux de plus (Cosa voglio di piu) de Silvio Soldini. 2h. Sortie : 11/08/2010.

6 commentaires sur “CE QUE JE VEUX DE PLUS”

Caroline a dit…

Ce film prouve bien qu'on ne va voir ailleurs que quand cela ne va pas bien chez soi

Rob Gordon a dit…

Au contraire : le personnage d'Anna est très heureux en couple, avec un mari aimant, attentionné, quasi parfait... Pourtant cela ne l'empêche pas d'avoir envie d'autre chose.

dasola a dit…

Bonjour Rob, je ne suis pas tout à fait d'accord quand tu dis que son nounours est parfait. Du point de vue relation physique (en l'occurence), cela n'a pas l'air d'être le top (si je peux m'exprimer ainsi). Sinon, je trouve ce film remarquable avec des acteurs formidables. Et bon anniversaire Rob. Bonne fin d'après-midi.

Jul a dit…

J'ai bien aimé ton article, un peu pour l'analyse, beaucoup pour ta façon d'écrire.
Personnellement (je suis à moitié italienne et je suis autant que je peux ce qui se passe de l'autre côté des Alpes), je dirais que cette histoire on ne peut plus banale au cinéma reste pourtant très originale par la présentation des rapports entre Anna et Domenico (qu'ils sont incapables de maîtriser, d'où "l'explosion" finale ...), mais aussi car elle s'inscrit très fortement dans la société italienne actuelle (évocation de la vie trop chère, heures supplémentaires non payées, travail et employés dévalorisés), comme c'était le cas en moins explicite pour Giorni e nuvole du même Soldini. Mais loin de s'apitoyer sur le sort de son pays, et sans revenir au mythes du cinéma italien dont est tellement nostalgique la presse contemporaine, Soldini nous dit que cette Italie qui fascine le monde entier n'existe définitivement plus, mais sa beauté est toujours présente (dans la relation aussi forte que belle d'Anna et de Domenico). Vision qui d'ailleurs peut aussi s'appliquer à d'autres pays en ces temps de crise!
Quant à Pierfrancesco Favino, pour l'avoir vu en mafieux dans Romanzo criminale, j'ai été vraiment marquée par son talent à être un homme passionné et fragile face à Alba Rohrwacher.

Ph a dit…

Grâce à cette très bonne critique je ne suis pas passée à côté de ce sublime film.
Merci.

Anonyme a dit…

Tout est dit dans ce film... l'idée de ce que l'on se fait de l'amour pour toujours - le quotidien - la routine - les problèmes d'argent - et l'événement inattendu qui bouleverse tout !
Ils ne se cherchaient pas mais ils se sont trouvés - il passe quelque chose entre-eux qu'ils n'avaient pas encore ressenti, alors tout est remis en question...
Merci pour ce film.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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