15 août 2010

CAÓTICA ANA

On a toujours parlé de Julio Médem comme d'une sorte de Claude Lelouch espagnol, souvent pour souligner la nette supériorité du cinéaste ibérique dans la façon de filmer les miracles de la vie, du hasard, des coïncidences et de l'amour. Les deux hommes partagent d'ailleurs un penchant pour la superstition pure et dure, puisque si Lelouch est obsédé par le nombre 13 - le nombre de lettres de son patronyme -, Médem est quant à lui obnubilé par les palindromes - jetez donc un oeil à son nom de famille. Les héros de son meilleur film, Les amants du cercle polaire, se nommaient Anna et Otto ; le personnage principal de Caótica Ana se nomme... Ana. Mais pour Médem, le palindrome va bien au-delà des simples jeux de lettres : le réalisateur a souvent montré la vie comme un processus réversible et tout sauf rectiligne, une sorte de gant qui a parfois tendance à se retourner qu'on le veuille ou non.
Le problème de Médem, c'est que Caótica Ana risque de le voir à nouveau comparé à Claude Lelouch, cette fois sans porter de jugement de valeur sur qui est meilleur que qui. À base de vies antérieures et d'hypnose, ce voyage dans le subconscient d'une jeune femme belle et perturbée est d'un ridicule achevé par sa mise en scène comme par son propos. On a connu Médem en réalisateur baroque et touchant, chantre d'un érotisme parfois dérangeant mais jamais graveleux, artisan de grandes fresques souvent déconstruites mais rarement décousues en raison d'une grande maîtrise formelle et d'une cohérence rare dans l'assemblage des morceaux. Ici, tout ce talent singulier semble avoir été jeté au vide-ordures pour laisser place à un vaste gloubi-boulga de réflexions pseudo-philosophiques qui empruntent autant au bouddhisme qu'au chamanisme comme le ferait un charlatan qui se ferait passer pour un gourou new age.
Dès le début on peine à croire à cette Ana si naïve qu'on a envie de la réveiller à grands coups de tartes ; on se pince lorsque Charlotte Rampling débarque dans la grotte de cette peinturlureuse sans talent pour lui proposer de rejoindre le groupe d'artistes qu'elle finance ; on ricane lorsque la jeune femme rencontre un grand monolithe sans charisme joué par Nicolas Cazalé... Une vingtaine de minutes suffit amplement à décrocher de l'histoire absconse de cette jeune femme qui aurait besoin d'aller fouiller dans ses vies passées pour résoudre ses problèmes d'aujourd'hui. Dans le genre, on préfèrera revoir The fountain de Darren Aronofsky, en se rappelant que le cinéaste disposait évidemment de davantage de moyens pour réaliser son beau projet, mais qu'écrire un bon scénario ne coûte pas plus cher à écrire qu'un mauvais. Médem semble avoir totalement pété les plombs, tournant certaines scènes en caméra subjective, d'autres à l'épaule, d'autres encore en plan large... Le tout est sans doute destiné à nous montrer la multiplicité de cette Ana si mal jouée par l'horripilante Manuela Vellés, qui fait les yeux ronds dès qu'elle veut exprimer la moindre émotion. Caótica Ana ressemble en fait à un énorme et immonde patchwork de deux heures, secoué dans tous les sens pour avoir l'air torturé, orienté roots libertaire pour ressembler à un produit de commerce équitable, et conclu de façon interminable par un chapitre noir et sanglant censé boucler la boucle avec force mais sonne juste l'heure de la délivrance pour les spectateurs risque-tout qui ont eu le courage de rester jusqu'à la fin. Espérons que ce gigantesque accident industriel ne vienne pas sonner l'hallali pour la carrière d'un Julio Médem jusque là extrêmement intéressant, et dont il faut absolument découvrir le reste de la filmographie.




Caótica Ana de Julio Médem. 1h58. Sortie : 11/08/2010.

1 commentaire sur “CAÓTICA ANA”

melhao a dit…

J'ai découvert Julio Medem en Espagne avec Los amantes del circulo polar et Tierra.
Je comptais voir Caotica Ana, mais la bande annonce ne m'a pas vraiment séduite ... Je viens d'en avoir confirmation. J'irai quand même le voir histoire de me faire ma propre opinion.
J'espère que son prochain film recevra un meilleur accueil...

 
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