4 juil. 2010

SPLICE

Alien, Frankenstein et les autres : visiblement, Vincenzo Natali connaît bien ses classiques, livrant une maligne relecture de quelques-uns des mythes majeurs du cinéma de genre. Bien trop futé pour se contenter de rendre des hommages dans le vide, le cinéaste canadien a troussé une curieuse histoire de manipulations génétiques qui n'a que faire d'un réalisme total - certains raccourcis sont relativement abracadabrants - mais n'en a nul besoin pour accrocher le spectateur à son siège, le faisant réfléchir avant de le faire trembler.
C'est cela, la grande malice de Splice : ne jamais avoir l'air d'un film à thèse mais se frotter néanmoins, sous ses allures de divertissement fantastique, à quelques thèmes épineux et tout à fait d'actualité. Voir ces deux scientifiques en mal de tendresse et de descendance tenter de recréer la vie dans des tubes à essai a d'abord quelque chose d'extrêmement excitant - rarement la frustration et la jouissance de l'expérimentation scientifique auront été si bien reproduites - puis d'inexorablement flippant. Car l'étrange être hybride qui voit le jour dans cet étrange utérus artificiel est aussi fascinant qu'inquiétant, avec son corps bizarroïde et son visage humain mais pas trop - des yeux écartés et globuleux qui le font ressembler à Amanda Seyfried.
Splice est le récit d'une éducation, ou en tout cas d'une tentative d'éducation menée par deux grands enfants qui oublient parfois l'éthique pour se consacrer uniquement à leurs lubies de petits dieux de laboratoires. D'où le danger absolu et permanent d'une telle entreprise, dépeinte dans une première partie franchement remarquable. Toutes proportions gardées, le laboratoire du couple rappelle le Nostromo d'Alien, avec la froideur absolue de l'environnement et la terrifiante omniprésence du danger. Forcément, la deuxième partie est un ton en-dessous, prenant davantage des allures de thriller fantastique pour mieux nous amener vers une conclusion implacable et plutôt ouverte qui laisse planer un tas d'interrogations sur les limites des manipulations génétiques et sur le manque de morale de ceux qui les pratiquent. Bien mis en scène malgré quelques baisses de style, le film confirme en tout cas le vrai talent de Natali, storyteller marginal détestant plus que tout les scénarios ordinaires.




Splice de Vincenzo Natali. 1h47. Sortie : 30/06/2010.

2 commentaires sur “SPLICE”

Jiem a dit…

cool. ayant bien accroché à "cube" et "cypher", j'attendais avec impatience celui-ci. ça va être chaud pour le voir sachant que dans le sud ouest il est très peu programmé (et je doute de le programmer pour ma part)... et même déjà déprogrammé...

Mr Jack a dit…

Le problème de ce film c'est qu'il a un message mais il ne le fait pas passer efficacement. On se retrouve donc avec un film de SF, futuriste, avec des séquences plus ou moins inutiles comme par exemple les truc "érotico-monstro-**" (bien que ce soit bien d'être allé au bout de l'idée, on peut se demander quel est l'intérêt de ces scènes à part montrer comment les scientifiques sont dépaser par leur "expérience"... Donc déjà-vu, donc on s'ennuie) ou très clichesques pour ce qui est des engueulades conjugales... Alors bon, la première moitié est "vraiment" bonne, mais ça se dégrade ensuite... ça se dégrade...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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