11 juil. 2010

Paris Cinéma 2010 - SAWAKO DECIDES

De notre oeil d'occidental, on trouve souvent la comédie japonaise trop lourde, trop grasse ou simplement trop longue. Ce que vient contredire Sawako decides, hilarant menu de Yuya Ishii, dont le style et la maturité sont d'autant plus étonnants qu'il s'agit d'un film de fin d'études. Il a d'abord d'excellentes vertus documentaires et satiriques pour qui ne connaît pas le monde du travail à la tokyoïte : on fait vite connaissance avec Sawako, dont c'est la cinquième année dans la capitale, et dont le cinquième emploi consiste à servir de souffre-douleur au patron d'une entreprise de jouets pour enfants, qui les fait tester avec froideur sur un panel de gamins capricieux. Sawako sort avec Kenichi, son cinquième petit ami, qui vient de concevoir un jouet à roulettes aussi moche que crétin. Sa vie n'est pas nulle, non, elle est juste moyenne. Et c'est là qu'est tout le sel du film.
Car Sawako va bientôt quitter Tokyo et regagner sa province natale afin d'y reprendre l'exploitation de son père malade, dont l'unique activité est le conditionnement des palourdes dans des barquettes en plastique. Passionnant ? Non, bien sûr. Ishii excelle à dépeindre l'ennui qui gangrène l'existence d'une jeune femme ne sachant pas bien ce qu'elle pourrait faire d'autre de sa vie, mais qui a pleinement conscience de la gâcher. Tout comme la dizaine d'employées de la société, qui font preuve d'une totale absence de ferveur face à leur travail - savoureuses scènes dans lesquelles elle sont supposées chanter en choeur leur amour pour la firme. Ressurgissent qui plus est quelques histoires de famille, et le monde de l'ennui se retrouve encore plus plombé sous le poids des commérages et des rancoeurs d'antan.
Le portrait de cette femme trop lisse pour en arriver à la crise de nerfs est absolument irrésistible car Yuya Ishii prend justement un malin plaisir à décrire cette médiocrité ambiante. Jusqu'à ce que sonne enfin l'heure de la révolte pour ces femmes se définissant elles-mêmes comme des personnes moyennement intéressantes et moyennement attirantes. N'oubliant jamais d'être drôle, le film oublie tout mépris pour prendre la défense de ces gens appartenant à un entre deux qui n'est quasiment jamais traité au cinéma, où seules comptent les opposition beaux/laids, gentils/méchants. Un vent d'euphorie souffle sur Sawako decides, et la modernité du trait rend le film aussi accessible que passionnant pour les européens que nous sommes, souvent peu informés sur le mode de vie japonais.




Sawako decides de Yuya Ishii. 1h52. Sortie : non fixée. Paris Cinéma 2010 : 4ème film en compétition.

Laissez le premier commentaire sur “Paris Cinéma 2010 - SAWAKO DECIDES”

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz