12 juil. 2010

Paris Cinéma 2010 - CLEVELAND CONTRE WALL STREET

C'est l'histoire d'un procès qui n'a pas eu lieu : en 2008, l'avocat Josh Cohen et ses associés décident d'attaquer en justice 21 banques qu'ils jugent responsables de la faillite progressive de leur ville, où les saisies de maisons sont devenues quotidiennes et où le malheur se répand à tous les coins de rues - notamment dans les quartiers est. Mais on connaît la malice de certains avocats et les lenteurs du système judiciaire : le procès tant attendu aura peut-être lieu un jour, mais les cabinets chargés de défendre Wall Street sont pour l'instant parvenus à le faire reporter sine die. Idée astucieuse du réalisateur suisse Jean-Stéphane Bron, qui s'est alors mis en tête de mettre en scène le procès en faisant appel à un vrai juge, un vrai jury populaire, de vrais avocats et de vrais témoins. Histoire de pouvoir faire entendre quelques vérités à propos de la crise des subprimes et de ce qu'elle a engendré. Histoire aussi de prolonger l'espoir de ces citoyens déchus de leurs droits parce qu'ils se sont noyés sous une masse de crédits trop lourds pour eux. Cleveland contre Wall Street met en scène ce procès factice mais diablement intéressant.
Le film de Jean-Stéphane Bron a d'abord des vertus pédagogiques, sans pour autant se faire donneur de leçons ou bassement didactique : il nous (ré)explique ce que sont les subprimes et comment fonctionne ce système dont on a tant parlé lors des débuts de la crise financière actuelle. Puis, tour à tour, il fait venir huit témoins à la barre afin de faire entendre leurs expériences personnelles et leurs points de vues sur le sujet. Le but étant de répondre à la question suivante : Wall Street est-il responsable de ce qui arrive à Cleveland ? Bron s'acquitte de la réponse avec impartialité, montrant interrogatoires et contre-interrogatoires dans un souci absolu d'éviter le manichéisme. C'est réussi : si l'avocat chargé de défendre Wall Street est un filou de première dont le cynisme est parfois édifiant, c'est à un véritable débat que l'on assiste, sans parti pris réel. On devine bien l'opinion du réalisateur, qui n'aurait sans doute pas réalisé ce film s'il avait pensé que les banquiers n'étaient pas responsables, mais celui-ci se fait discret et donne réellement à réfléchir.
L'avantage - et la limite - du film, c'est qu'il explique les évènements de façon extrêmement simple, de façon à ce que le jury comprenne tout à ces affaires parfois compliquées, afin qu'il soit capable de délibérer en son âme et conscience. Se succèdent à la barre un policier chargé des expulsions - un premier témoignage tirant un peu trop sur la corde sentimentale -, un démarcheur ayant proposé des crédits franchement douteux, le concepteur d'un logiciel aidant à la titrisation - kézako ? allez voir le film -, un financier difficile à contrer... Le jury peinera à se décider, preuve de la totale honnêteté du film et de la complexité d'un dossier ne se limitant pas à une opposition binaire entre gentils citoyens et méchants banquiers. Dynamique et instructif, Cleveland contre Wall Street inclut implicitement une réflexion sur sa propre utilité, le spectateur étant amené à se demander ce que ce procès comptant pour du beurre a finalement amené à des plaignants toujours aussi esseulés.



Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron. 1h38. Sortie : 18/08/2010. Paris Cinéma 2010 : 8ème film en compétition.

1 commentaire sur “Paris Cinéma 2010 - CLEVELAND CONTRE WALL STREET”

Pas d'accord :D
enfin, pas tout à fait, du coup je vais me fendre d'une chronique ce soir...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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