5 juil. 2010

LES AMOURS IMAGINAIRES

Xavier Dolan est beau, jeune, doué, rapide, québécois. Les amours imaginaires succède à un J'ai tué ma mère présenté à Cannes il y a seulement un an, et acclamé un peu partout autour du globe. Dolan semble n'avoir eu aucune peine à franchir le cap du deuxième long-métrage tant celui-ci, bien que relativement imparfait, fait preuve d'une aisance qui rend déjà le jeune cinéaste incontournable et évident. À tout juste 21 ans, il a compris mieux que quiconque que c'est le style qui fait toute la différence. Qu'on ne s'encombre pas avec des références à Wong Kar-Waï (zzzzzz) ou Almodóvar : quelques ralentis sur nuques, plans hyper colorés et discours amusés sur la désorientation sexuelle ne suffisent pas à en faire l'élève de qui que ce soit. Le garçon a un univers bien à lui, original et quasiment inimitable, et s'en sert pour magnifier cette histoire toute bête de deux amis de sexe différent qui tombent en amour pour le même garçon, sorte de pré-éphèbe à l'imposante crinière frisée. L'histoire n'a quasiment rien de neuf, mais le traitement fait toute la différence.
Côté mise en scène, Les amours imaginaires est à la fois très proche de J'ai tué ma mère, et pas tant que ça. Dolan aime toujours autant les plans frontaux, de face ou de dos, comme pour placer les personnages face à leur solitude ou pour permettre au spectateur de les percer à jour. Mais il privilégie cette fois les mouvements de caméra et un certain lyrisme stylistique pour mieux mettre en valeur le principal moteur de l'existence des personnages : eux-mêmes. Il y a d'abord la fausse modestie de ce Nicolas si fascinant, qui élude les questions gênantes et ne fait jamais étalage de ses préférences sexuelles. Il y a aussi le narcissisme absolu de Marie et Francis, qui semblent davantage fascinés par l'amour qu'ils éprouvent que par la personne pour laquelle ils l'éprouvent, un peu comme ces collégiens qui tombent raide dingues d'une nouvelle personne chaque semaine. Et puis il y a le nombrilisme total de Dolan, qui n'est plus à prouver : aux commandes de chaque étape de son film, il aime multiplier les gros plans sur son propre visage de beau gosse pour tenter de tirer la couverture à lui.
Tout cela est à la fois très amusant et un peu limité : comme il n'est pas porté à proprement parler par un scénario - au sens fil conducteur / rebondissements / conclusion -, les petites manies de Xavier Dolan et de ses interprètes finissent par tourner légèrement en rond. Très axé comédie, le film est drôle, c'est un fait, mais presque moins qu'un J'ai tué ma mère qui parvenait qui plus est à verser davantage dans l'émotion et à proposer une palette extrêmement variée. Là, une fois ôtés les tunnels de dialogues assez savoureux et les monologues de jeunes gens racontant leur misère affective - à la façon des vieux couples de Quand Harry rencontre Sally, qui rythment l'histoire mais n'y sont pas rattachés -, il n'y a plus qu'un caprice de jeune cinéaste trop brillant pour réaliser qu'il est en train de se marcher sur la queue. On attend cependant son troisième long, Lawrence anyways, avec une impatience énorme : on y verra Louis Garrel, en couple avec une jeune femme, entamer des démarches pour changer de sexe...




Les amours imaginaires de Xavier Dolan. 1h35. Sortie : 29/09/2010. Vu à Paris Cinéma 2010.

1 commentaire sur “LES AMOURS IMAGINAIRES”

ça m'fatigue a dit…

Nan, ce ne sera pas Louis Garrel finalement mais Melvil Poupaud dans Laurence Anyways.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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