3 juil. 2010

LA DISPARITION D'ALICE CREED

Ce qui séduit d'abord dans La disparition d'Alice Creed, c'est la rigueur implacable de la mise en scène et l'impressionnant silence qui se dégage des premières images. J (oui, juste J) Blakeson met en place les préparatifs de ce que l'on devine être l'enlèvement d'une certaine Alice Creed - pas besoin d'être Sherlock Holmes et pose immédiatement quelques partis pris : son film causera peu - mais de plus en plus - et ne donnera à voir que trois personnages en tout et pour tout. Deux ravisseurs, une captive, plein de possibilités. Aucun second rôle, aucun figurant, juste le coeur même d'une histoire d'enlèvement évidemment entachée d'évènements potentiellement inattendus et de retournements qui pourraient dérouter.
Le cadre est large et sobre, le dispositif bien huilé, et l'on attend les premiers tourbillons scénaristiques avec ardeur. Il n'en faudra pas plus pour être déçu : La disparition d'Alice Creed se résume en fait à deux révélations majeures mais pas ébouriffantes qui exploitent de façon plus que paresseuse cette prometteuse situation de quasi huis clos. Au bout d'une demi-heure, l'affaire est déjà entendue : les cartes sont trop bien distribuées et le spectateur n'a plus qu'à observer l'imbroglio narratif se dénouer sans vrai accroc. Le film de J Blakeson rappelle cette brochette de divertissements qui fleurissaient à la fin du siècle dernier et proposaient un twist toutes les dix minutes jusqu'à paumer ou exaspérer l'auditoire - de Cursus fatal à Mrs. Tingle. Sauf qu'on a le cul entre deux chaises : le film manque soit de réalisme - Blakeson aurait pu en tirer un polar crédible - soit de grand guignol - avec mille rebondissements de plus, l'ensemble serait devenu jouissif.
On ne croit pas bien longtemps à toute cette histoire, plombée par des détails indigestes qui contrastent avec l'extrême sérieux des scènes d'exposition. Difficile d'avaler, par exemple, que tirer la chasse d'eau plusieurs fois ne suffise pas à faire disparaître une douille jetée dans les toilettes. A fortiori quand le personnage en question ne trouve pas d'autre solution que de la récupérer et de l'avaler ensuite. C'est bien dommage pour les trois comédiens, qui portent le film sur leurs épaules sans jamais fléchir. Il y a la prestation athlétique de Gemma Arterton, ligotée et bâillonnée pendant une bonne partie du film, et qui exprime idéalement la terreur que peut éprouver une captive. Il y a la fragilité d'un Martin Compston, autrefois héros du Sweet sixteen de Ken Loach. Et il y a le visage extraordinairement patibulaire d'Eddie Marsan, habituellement second rôle de choix et ici héros glaçant mais pas loin d'être émouvant. Dommage pour eux qu'une interprétation solide et une mise en scène bien sentie ne suffisent pas à assurer la qualité d'un film. Au demeurant, La disparition d'Alice Creed reste éminemment divertissant, même si ses premières minutes laissaient espérer davantage.




La disparition d'Alice Creed de J Blakeson. 1h40. Sortie : 30/06/2010.

Laissez le premier commentaire sur “LA DISPARITION D'ALICE CREED”

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz