20 juil. 2010

FATAL

Raillé, hué, vilipendé, Michaël Youn semble régulièrement voué à sombrer dans un oubli imminent, comme un milliard de petits provocateurs avant lui. Et pourtant, il dure : on ne compte plus les années, les émissions, les films permettant à l’ex-trublion de M6 de se rappeler à notre bon souvenir. Alors de deux choses l’une : soit le bougre est juste extrêmement tenace, soit c’est un peu plus que ça. Allez, risquons-nous à avancer un mot qui fera grincer les dents de plus d’un bien-pensant : il est probable que Michaël Youn ait un peu de talent. Fatal en est une preuve évidente, puisque sans être tout à fait abouti, le premier long-métrage réalisé par Youn lui-même parvient à tutoyer les comédies américaines les plus stupides de ce début de siècle. Ça n’est pas du Sacha Baron Cohen, encore moins du Will Ferrell, mais il y a néanmoins là-dedans une énergie et une inventivité qui semblent manquer à la majorité des cinéastes dits comiques de notre beau pays.
Youn n’a pas lésiné sur les moyens : un montage à la Oliver Stone nous fait zigzaguer jusqu’à la nausée entre clips vidéos, décors démesurés et gimmicks appuyés. Voici un film volontairement con dont l’ambition n’est pas feinte, rentabilisant son budget au maximum pour mettre toutes les chances de son côté. On en prend plein les yeux, et c’est ce que ce spectacle « à l’américaine » réussit le mieux. Mais ça n’est pas tout : réexploitant l’un des personnages qui ont fait son succès dans la « musique », il délivre une histoire somme toute assez classique sur le mode grandeur et décadence, mais l’exploite quasiment sans temps mort en injectant régulièrement de nouveaux personnages sans doute pas assez délirants mais en tout cas plutôt bien trempés, d’autant plus lorsqu’ils sont interprétés par des comédiens au meilleur de leur forme. Vincent Desagnat excelle en batteur-déchet, Isabelle Funaro est une fantastique Athéna Novotel, et Fabrice Éboué joue à merveille de son œil de fouine et de ses penchants coupables pour les délinquants sexuels – on l’imagine responsable de plus d’un dialogue.
Quant à Michaël Youn, qui connaît son personnage par cœur, il EST Fatal Bazooka, et s’en donne à cœur joie dans un film fonctionnant à plein régime et alignant comme des perles les gags les plus stupides qu’il ait été donné de voir récemment. Voilà un mec qui tente, prend des risques, quitte à se prendre les pieds dans le tapis une fois sur quatre. Malgré une fâcheuse baisse de rythme en cours de route (la partie savoyarde est un rien lénifiante) et en dépit d’une morale un rien méprisante envers ceux qui l’ont toujours soutenu (en gros, public = bétail), Fatal réussit son coup : faire marrer des centaines de milliers d’ados et permettre à une partie des plus âgés de régresser agréablement pendant près de 2 heures. Et l’on se dit que non, décidément, Youn n’est pas près de se faire oublier.




Fatal de Michaël Youn. 1h35. Sortie : 16/06/2010.

2 commentaires sur “FATAL”

Mgcinema a dit…

Et oui, Youn fait des conneries, mais il les fait bien. J'aurais bien quelques doutes sur certains de ses films, mais Fatal est juste ce qu'on attendait, efficace et relativement drôle. Il faut juste éviter d'y aller si on déteste l'acteur/personnage...

Pascale a dit…

Comment prendre les spectateurs pour des cons et le leur dire clairement.
Ce petit a de l'avenir...
hélas !

Je crois que tu ne feras grincer aucune dent puisque ce sont les critiques dithyrambiques qui m'ont amenée à voir cette...
chose !
J'adore régresser mais un poil au dessus ou différent avec Steve ou Ben dont il ose se prétendre héritier !

Quant à la misogynie ambiante, j'en cause même pas, elle n'intéresse personne.
Pouah.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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