5 juil. 2010

DOG POUND

Sûr que le Kim Chapiron de Sheitan est loin, bien loin : le réalisateur bassement potache a laissé place à un cinéaste en bonne et due forme, prêt à aller embrasser d'autres univers que celui des banlieues franciliennes et à se frotter à des sujets plus profonds et moins potaches. Inspiré par le cinéma de Lindsay Anderson et Peter Watkins - et par tant d'autres... -, Chapiron pose sa caméra dans une prison pour mineurs et décrit le quotidien rageur de trois jeunes parmi d'autres. On sent que le jeune homme a travaillé sa mise en scène, idéalement seventies, qui pourrait presque faire passer Dog pound pour un document d'époque. Exit les effets de style inutiles, place à une imagerie cohérente et réaliste qui s'accorde parfaitement avec le sujet.
C'est la grande force de Chapiron : nous plonger avec vigueur dans une époque dont on ne sait même pas si elle est bien celle du film - les évènements ne sont pas datés. Du même coup, on a envie de suivre ces gamins, de découvrir avec eux les pratiques du pénitencier d'Enola Vale, de se fondre dans le décor et de vivre pleinement cette immersion forcément douloureuse. Mais le bât blesse : inégalement interprété par des jeunes acteurs souvent trop conscients de trouver déjà le rôle de leur vie, les personnages sont ou trop antipathiques pour créer une quelconque empathie, ou trop transparents pour qu'on s'intéresse réellement à leur sort. C'est le monde à l'envers : pour un peu, on se prendrait davantage d'affection pour leurs geôliers, perclus de défauts et d'humanité et carrément plus attachants.
Ce scénario-là n'est pas à jeter, mais il ne fait au fond que recycler de grandes thématiques déjà abordées dans tout un tas de films de prison et d'oeuvres sur l'adolescence. Il évite globalement le schématisme, ce qui ne l'empêche pas d'être cousu de fil blanc : il y a le(s) drame(s) inévitable(s) et les réactions violentes qui s'ensuivent. Fonctionnant sur un bête mode action - réaction, Dog pound finit par ne plus signifier grand chose tant il semble s'attacher davantage à mettre en lumière l'efficacité de son metteur en scène - les morceaux de violence sont en effet impeccables - qu'à tenter de raconter une histoire réellement originale ou à mettre en lumière quelques vérités sur le sujet. Preuve est donnée avec la conclusion du film, pirouette abrupte qui n'est pas dépourvue de sens mais montre que ce que Kim Chapiron a à dire est extrêmement limité. S'il est incontestablement devenu un metteur en scène, il ne sait visiblement pas encore pourquoi.




Dog Pound de Kim Chapiron. 1h31. Sortie : 23/06/2010.

3 commentaires sur “DOG POUND”

Mr Jack a dit…

Ce film est un véritable uppercut !!
Poignant et "vrai", il resitue à merveille les émotions des prsonnages et nous plonge dans un milieu glacial et suffocant !
Energique, violent, mais aussi tendre, ce film est une pépite !

Ph a dit…

Wahou ! Ca marque les esprits !

Anonyme a dit…

"leurs geôliers, perclus de défauts et d'humanité et carrément plus attachants.".c'est a se demander si l'auteur de cet article a vu le film...ces geoliers font leur boulot,point barre.entre celui qui s'est fait eborgner parce qu'il avait abusé de prisonniers,celui qui perd son sang froid et tue un gosse,et l'autre qui refuse l'appel d'un prisonnier a sa mere qui se suicidera dans la nuit qui suivra...s'il vous plait dites ou on voit l'humanité des gardiens?

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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