27 juil. 2010

COPACABANA

Il n'y a pas grand chose de pire au cinéma que des intentions trop lisibles. Marc Fitoussi est hélas de ces réalisateurs qui ont certes des histoires à raconter, mais trébuchent immanquablement dès lors qu'il s'agit de leur donner du corps et du sens. Plus encore que La vie d'artiste, son premier long, Copacabana se plante en utilisant un postulat éculé pour procéder à une étude de caractères pachydermique.
Il n'y a rien à faire : le talent ne s'invente pas. C'est ainsi que chaque dialogue, chaque situation ressemble chez Fitoussi au mauvais premier jet d'un scénariste amateur. Les répliques devraient être rondes en bouche mais sont d'une lourdeur infinie (notamment le langage djeunz d'une héroïne refusant de vieillir), et les situations sont passablement éculées. D'entrée on a l'impression de connaître par coeur le personnage de Babou, quinqua illuminée méprisée par une progéniture bien plus mûre. Sa folie douce est décrite de façon si artificielle qu'il semble impossible de s'y attacher une seule seconde, ou même de s'agacer de ses gesticulations incessantes. Il faut dire que l'utilisation d'Isabelle Huppert dans un contre-emploi bien trop grossier ne relève pas le niveau : il y a quelque chose de presque gênant à la voir ainsi tenter de nous faire rire, elle qui continue de nous faire froid dans le dos.
La première demi-heure, qui décrit les rapports tendus entretenus par Babou et sa fille Esmeralda (même le choix des prénoms est au-delà du signifiant), est sans doute la pire. La suite, qui voit Babou débarquer à Ostende pour vendre des appartements en multi-propriété, est un ton au-dessus sans pour autant se faire transcendante : on sent Fitoussi dépassé par son envie de faire à la fois dans le portrait de femme et la comédie sociale teintée de Chabrol. Il s'enferme alors dans une succession de scènes que la prétendue légèreté de son film est censée justifier, mais qui ressemble avant tout à un grand n'importe quoi aguicheur. Les mauvaises idées de mise en scène n'arrangent rien, en particulier celle qui consiste à filmer des paysages grisâtres avec pour fond musical des morceaux issus du folklore brésilien. Façon de taper dans le dos du spectateur en lui signifiant lourdement qu'on est un cinéaste décalé alors qu'on n'est pas un cinéaste du tout.




Copacabana de Marc Fitoussi. 1h47. Sortie : 07/07/2010.

5 commentaires sur “COPACABANA”

Cinedouard a dit…

On est bien d'accord sur ce film. L'accueil qui lui a été réservé m'a plombé. Quand le cinéma française se regarde parfois trop le nombril, cela donne à chaque fois un mauvais résultat, en dépit d'une bonne volonté.

Pascale a dit…

Qué cinéma française ???

Vous cassez du Fitoussi là non ?

Tu trouves la Lolita plus mûre toi ? Plus conne moi je dirai.

Moi j'ai bien aimé (l'effet mer du Nord sans doute) et j'ai apprécié Isabelle qui me faisait froid depuis plusieurs films... même si l'avoir croisée sur le parvis du MK2 avec sa fillette m'a refait froid dans le dos !!!

Anonyme a dit…

J'ai parcouru pas mal de vos articles. Bravo pour votre style. La subjectivité est tout à fait normale mais j'ai la sensation que les films qui ne sont pas "virils" ne sont pas votre tasse de thé ;-) Marina

Je viens de visionner ce truc, et je suis drôlement content de trouver quelqu'un qui le déteste presque autant que moi. Scénar ramollo, clichés en pagaille, personnages convenus, et la Huppert qu'on a envie de baffer tellement elle en fait trop. Le succès public ne m'étonne pas: c'est calibré pour les fans de "Plus belle la vie", ce qui fait du monde. Que la quasi-unanimité de la critique ait pu encenser cette merde, par contre, j'ai du mal à comprendre.

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