21 juil. 2010

CITY OF LIFE AND DEATH

Le massacre de Nankin, c'est un peu notre Algérie à nous : tout le monde sait que ça existe, mais personne n'en parle, surtout au cinéma. Présenté au dernier festival de Deauville, City of life and death vient rompre un silence long de 73 ans à la faveur d'un film de guerre monumental et sans réserve, qui montre les atrocités perpétrées par les troupes japonaises dans la ville chinoise sans jamais détourner le regard. Il a fallu beaucoup de courage au cinéaste Lu Chan pour parvenir à boucler un film aussi choc dans une Chine où le silence est souvent présenté comme la meilleure alternative ; il en faudra beaucoup au spectateur pour supporter la terrible noirceur de ce qui commence comme un nouveau film d'assaut mais finit bien vite par se détourner du côté purement militaire pour aller mettre le doigt sur des évènements bien plus sordides.
Impressionnante, la mise en scène de Lu Chan rend l'ensemble absolument implacable, restituant l'atmosphère poussiéreuse et crasseuse de Nankin sans jamais tomber dans le misérabilisme - ou presque. Au contraire, la recherche formelle et l'utilisation d'un noir et blanc extrêmement rigoureux donnent l'impression d'un film totalement digne, jamais gratuit, qui se soucie d'être pédagogique et réaliste sans jamais sacrifier les qualités purement cinématographiques de son sujet. C'est d'abord un débarquement sec et sans répit, qui rappelle sans copier (comparaison facile) Saving private Ryan, puis un drame humain dont la longueur est un atout : impossible d'échapper à cette interminable kyrielle d'exactions. Lu Chan réussit à mettre en oeuvre un mécanisme assez rare, permettant au spectateur de s'identifier sans jamais perdre de son objectivité.
Rien ne nous sera épargné : ni le viol continu et sans vergogne des femmes de la ville, rabaissées au rang de vagins sur pattes, ni les tueries évidemment indéfendables qui produisent des images choc mais jamais racoleuses. On a beau s'attendre à voir un bébé jeté par une fenêtre, la frontalité crue de City of life and death ne nous épargne pas. Noir de chez noir, le film tente pourtant quelques escapades quasiment fleur bleue, avec l'histoire de ce soldat japonais tombant amoureux d'une fille mise à sa disposition... Mais Lu Chan est sans illusion et ira au bout de son idée, qui veut que jamais la guerre ne puisse engendrer un peu de bonheur, même en quantité infime. Thèse franchement radicale mais avancée avec une telle conviction qu'il semble bien difficile de la contredire.




City of life and death (Nanjing ! Nanjing !) de Lu Chan. 2h15. Sortie : 21/07/2010.

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"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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