29 juil. 2010

CARLOS

Quand on a appris qu'Olivier Assayas avait été choisi pour diriger une mini-série sur le terroriste Carlos, la principale interrogation portait sur ce que le cinéaste allait bien pouvoir apporter de personnel à une oeuvre pas forcément calibrée, mais en tout cas aiguillée par un lourd cahier des charges. Dates, évènements, protagonistes : de telles histoires et de telles vies laissent rarement assez de place à un auteur pour s'exprimer en tant qu'artiste au lieu de simplement s'inscrire dans du factuel instructif et efficace. À vrai dire, les 2 heures 45 de la version cinéma ne permettent pas réellement de répondre à la question : si Carlos semble dirigé par un cinéaste sûr de son fait, difficile d'y trouver la patte d'Assayas. Sauf peut-être dans le choix de la bande originale, utilisée avec goût et punch afin de monter en épingle quelques moments-clés de la vie de Carlos et de ses collaborateurs.
Pour le reste, Carlos est le film qu'on attendait, ce qui est à la fois un défaut et une qualité. Plutôt équilibré (on ne ressent pas l'impact des coupes effectuées sur une mini-série de presque 6 heures), il nous plonge sans perdre de temps dans le quotidien jamais tranquille de cet homme qui passa ses années de liberté à se battre pour ses idées, quel que soit le prix à payer. Pour ses idées mais pas seulement : l'un des gros morceaux du long-métrage, la prise d'otage de l'OPEP, montre que même le militant le plus virulent peut parfois céder à d'autres sirènes. Ce qu'il y a de passionnant dans le film d'Assayas, c'est qu'il décrit le "métier" de Carlos quasiment comme s'il s'agissait de n'importe quel chef d'entreprise haut placé, multipliant les rendez-vous importants et devant régulièrement prendre des décisions très importantes. Loin des terriers de Ben Laden, Carlos ne vit pas caché, ou si peu, profitant lorsque cela est possible du confort proposé.
Pour autant, Assayas ne décrit pas un parcours facile, mais ne fait du terroriste vénézuélien ni un héros ni un martyr. On a le sang qui se glace devant certains de ses agissements ; on ne peut s'empêcher de penser que ce type possède une certaine forme de courage ; on finit par prendre pitié de lui lorsqu'il se retrouve indésirable dans tous les pays qui lui tendaient jadis les bras. Carlos l'affirme : il est promis à un destin tragique. C'est pourtant une fin assez pathétique que nous propose le film, des problèmes de santé et une solitude croissante le menant plus facilement que prévu vers un emprisonnement à vie bien éloigné de la fin dont il aurait sans doute rêvé. Carlos est le récit d'une frustration, celle d'un homme qui aurait aimé terroriser le monde jusqu'à la fin de sa vie et faire triompher ses idées et celles de ses proches sans se soucier du préjudice causé. En l'état, celui qui a souvent fait la une des journaux n'a réussi son pari qu'à moitié.




Carlos d'Olivier Assayas. 2h45. Sortie : 07/07/2010.

2 commentaires sur “CARLOS”

Pascale a dit…

Grosse déception en ce qui me concerne.
Beaucoup trop d'élipses à mon goût.
Un morceau de bravoure indiscutable avec cette prise d'otage qui hélas fait que tout le reste est bien terne.
Et un acteur -génial- mais beaucoup trop "joli" je trouve pour vraiment comprendre le charisme du monstre, notamment auprès des femmes.

Mg a dit…

J'ai trouvé la version "série" beaucoup trop longues, avec des passages inutiles ou répétitifs. La réalisation est très correcte, mais ils ont été dépassés par l'envergure du projet, en illustrant un vrai journal de bord sur vingt ans...

J'essaierai donc de redécouvrir cela, avec la version cinéma, mais sans doute dans quelques temps...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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