1 juil. 2010

AIR DOLL

D'Hirokazu Kore-Eda, auteur des beaux Nobody knows et Still walking, on attendait évidemment mieux qu'un Lars and the real girl sauce japonaise... et c'est effectivement ce qui se produit avec cet Air doll d'excellente facture, qui aurait simplement gagné à être resserré davantage pour gagner en densité et perdre ses dernières gouttes de mièvrerie. En adaptant un manga, le réalisateur nippon bifurque assez notablement et délaisse son domaine de prédilection - la famille et ses fêlures - pour livrer l'étonnant portrait d'une poupée gonflable qui se découvre un coeur et part à la découverte du monde. Le film surprend par le grand écart qu'il parvient à effectuer entre un réalisme jamais sordide - somptueuse ouverture avec utilisation de la poupée puis nettoyage d'orifice - et un onirisme légèrement perturbant, notamment par le côté hybride que Kore-Eda donne régulièrement à son étrange héroïne.
On n'est parfois pas très loin du cinéma de David Cronenberg dans l'exploitation esthétique et psychologique de ce personnage inédit : il n'est pas rare que la poupée soit représentée avec un visage humain et un corps gonflable. C'est le caractère indéfinissable de cet être qui rend le film si fascinant : même lorsqu'une "vraie" femme évolue à l'écran, on a conscience que le moindre objet contondant peut créer sa perte. Tout comme on réalise que la valve qu'elle a dans le bas du ventre n'est pas un simple instrument de gonflage, mais qu'il s'agit bien là de décrire la découverte de la sexualité par un être constitué - en tout cas au départ - de plastique et d'air.
Kore-Eda glisse régulièrement dans le mélo existentiel, mais sa pudeur habituelle l'empêche d'aller trop loin dans le sentimentalisme. Cette quête de vie et d'expériences est loin d'être un long fleuve tranquille, ce que montrera notamment une fin abrupte et loin d'être angélique. Ou plutôt l'une des fins, Air doll peinant sacrément à conclure en enchaînant les morceaux de dénouement sans trop savoir où et comment s'arrêter. Pas parfaitement ficelé, un peu trop long et un rien bâtard, le film est tellement empreint de charme et de bizarrerie qu'il l'emporte sans mal, bien qu'on sache ce cher Hirokazu capable de mille fois mieux.




Air doll de Hirokazu Kore-Eda. 2h05. Sortie : 16/06/2010.

1 commentaire sur “AIR DOLL”

Phil Siné a dit…

charme et bizarrerie, en effet... je suis content de voir que tu as aimé, la critique était loin d'être unanime...
sinon, félicitation pour ta sélection au jury de paris cinéma... et bonnes projections ! :)

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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