27 juin 2010

LE CAMÉLÉON

Passionnante, la vie de Frédéric Fortin méritait bien un film. À 24 ans, le Français totalisait déjà 150 usurpations d’identité, ce qui en fait une sorte de recordman du genre. Mais Jean-Paul Salomé a choisi de ne s’intéresser qu’à l’une des étapes de l’existence du jeune homme, à savoir son escapade dans une famille de bon gros rednecks, où il se fait passer pour le fils kidnappé quatre ans auparavant. Pourquoi s’être focalisé sur cet épisode ? Parce que derrière le mensonge de Fortin se dissimule une affaire policière légèrement plus complexe, qui pousse une enquêtrice du FBI à aller s’enfoncer dans le bayou pour tenter de démêler cet écheveau. Perdre la force du mythe pour gagner un peu de suspense : tel est le choix du réalisateur français, qui mise avant tout sur le côté polar pour tenter de gagner ses galons de réalisateur américain.
Salomé a la bonne idée de se dissimuler derrière son sujet, lui qui s’est si souvent abimé sur des projets trop (et mal) mis en scène tels que Belphégor ou Arsène Lupin. Du même coup, son film manque de personnalité et d’allant, souffrant de son non-rythme absolu. En vain, le réalisateur fait des pieds et des mains pour gonfler un peu ce script finalement assez prévisible – la partie policière du film est facile à dénouer -, notamment en inscrivant l’action sur deux périodes : l’arrivée de l’usurpateur dans la famille, et les suites de l’enquête menée quelques années plus tard par le personnage de Famke Janssen. Il faut bien le dire : cette construction ne sert à rien, sinon à rendre l’ensemble encore moins digeste.
L’atout principal du film est son casting, même si Jean-Paul Salomé peine à l’exploiter à sa juste valeur. Si Marc-André Grondin est en tous points parfait, si Ellen Barkin est relativement convaincante en mère droguée et carrément à l’ouest, Famke Janssen ronronne – et nous avec – et Émilie de Ravin confirme son inaptitude à jouer autre chose que de jolies blondes un peu sympathiques. La crédibilité de cette famille un peu crasseuse n’est pas franchement assurée, et dominent rapidement un ennui certains et de véritables regrets à l’idée de voir ce personnage si incroyable gâché par un réalisateur sans partis pris ni personnalité, anti-roi Midas qui transforme les histoires les plus brillantes en masses informes.



Le caméléon (The chameleon) de Jean-Paul Salomé. 1h46. Sortie : 23/06/2010.

1 commentaire sur “LE CAMÉLÉON”

alexandre mathis a dit…

je déteste le film mais pas pour les mêmes raisons. Le Caméléon n'est jamais normal. Il ne cherche jamais à nous faire adhérer au mensonge. Chaque scène n'est qu'une succession de cris et de pleurs, de regards faisant dire "tu le sens comme je t'entube?" ou "toi t'es louche je le sais". On aimerait avoir au moins une scène à la Assayas. Mais non.
Du coup, Emilie De Ravin est la seule qui ne m'énerve pas car elle est la seule à vouloir croire à se qui se passe. rondin me gonfle (comme souvent) et Barkin se prend pour une héroïne de Ken Loach sans talent. Beurk!!

 
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