18 juin 2010

DIRTY DIARIES

À l’origine était Come together, très court-métrage dans lequel la cinéaste suédoise Mia Engberg filme avec son téléphone mobile les visages de quelques femmes en pleine séance de masturbation. Les réactions d’hostilité suscitées par le film ont donné envie à la réalisatrice de réunir différents segments réalisés par des femmes et proposant une approche nouvelle, ou en tout cas différente, de la pornographie. Annoncé comme féministe, le film ne l’est pas tant que ça, sauf peut-être par sa façon de rompre avec l’image traditionaliste de la femme-objet dominée et souillée par des mâles en rut – image avec laquelle le cinéma pornographique a largement pris ses distances pour peu que l’on aille voir au-delà des films du premier samedi du mois. Voilà donc douze films réalisés sur commande avec un téléphone, plus Come together en épilogue. Soit un ensemble forcément hétérogène par la nature et la qualité de ses segments, mais dominé par quelques pièces de choix franchement passionnantes.
Le premier film, Skin, est sans doute l’un des plus fascinants : on y voit deux individus vêtus d’une combinaison intégrale, couleur chair, qui ne laisse pas voir le moindre centimètre carré de peau. Les deux amants – un garçon et une fille, ça se voit vite – se lancent dans des ébats dont la chaleur est forcément tempérée par l’absence de contact épidermique et d’identité propre. Peu à peu, l’atmosphère s’humidifie, et les corps se dévoilent grâce à quelques coups de ciseaux qui redonneront peu à peu une personnalité propre à ces deux amants réduits jusque là à l’état d’entités. Un concept fort, qui aurait sans doute pu être poussé plus loin – mais Dirty diaries n’a pas vocation à faire dans l’excès – mais qui interroge de façon simple mais magnétique la question du corps et de l’appartenance sociale.
Mais tout n’est pas que concept dans Dirty diaries : quelques segments, qui pratiquent un humour forcément décalé, valent également le détour. Du film d’animation Dildoman – faut-il en dire davantage ? – au féroce Body contact, dans lequel deux filles rencontrent le type qu’elles ont cherché sur Internet afin de tourner leur porno amateur perso, la drôlerie est partout. Mais le plus drôle dans tout cela, c’est Flasher girl on tour, auto-documentaire dans lequel une certaine Joanna confie et montre son penchant pour l’exhibitionnisme. Dans un taxi, un jardin public ou une rame de métro parisien, elle se livre et se dévoile avec une effronterie aussi charmante qu’hilarante. Imparable.
Quelques films un peu trop arty auraient pu faire basculer Dirty diaries dans la pose faussement auteuriste, mais tout cela est heureusement contrebalancé par d’autres segments bien plus légers ou carrément frontaux, comme ce Brown cock dans lequel est pratiqué en assez gros plan un fist-fucking étonnamment douillet pour qui n’est pas rompu à ce genre de pratique. D’autres surprises sont également disséminées tout du long : un cunnilingus opéré sur un kiwi, une rose enfoncée dans l’anus ou des séquences de lutte gréco-romaine sur sommier à ressorts sont également au programme. Le tout au service d’une vision aussi variée que décomplexée de la femme et ses désirs d’une sexualité cohérente et assumée.




Dirty diaries de Mia Engberg. 1h38. Sortie : 30/06/2010.

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