8 juin 2010

ÇA COMMENCE PAR LA FIN

Pour sûr, Michaël Cohen doit sacrément aimer Emmanuelle Béart pour lui offrir un film entier, comme ça, avec juste eux deux et leur amour qui écrase tout. Il faut avoir une sacrée confiance en son couple et en l'autre pour oser s'aventurer à un tel récit : celui d'une passion ravageuse et destructrice, qui vit et se développe au gré de mille coups d'éclat puis risque de s'éteindre, victime de sa trop grande intensité. Mais rien n'arrête visiblement Cohen, et l'on comprend rapidement pourquoi : parce qu'il aime moins Béart que l'amour qu'il lui porte. La majeure partie de Ça commence par la fin est en effet tournée vers lui, le film multipliant les gros plans sur ses grands yeux ébahis - quand il la rencontre - ou désespérés - quand il est seul sans elle. Même parmi les oeuvres à deux personnages, on avait rarement vu un tel nombrilisme s'installer.
Loin de la construction à la Irréversible que pouvait annoncer le titre, Ça commence par la fin entrecroise le récit de la rencontre de Gabrielle et Jean et la description de leurs retrouvailles, quelques temps après leur rupture, histoire de faire le point. C'est finalement le seul parti pris de Cohen : alterner périodes fougueuses et instants de déchirement, comme si tout coup de foudre devait forcément se terminer par un monumental fracas. En résulte une heure et demie passablement ridicule, que ce soit dans la description des premiers moments, la peinture amusée d'une vie sexuelle libérée - comment visiter toutes les chiottes de troquets parisiens - ou les atermoiements excessivement tragiques. Semblant découvrir ce qu'est l'amour, Michaël Cohen croit innover mais n'invente rien. Son film sent les conventions et la vantardise, celle du mec qui dirait « hé, les gens ordinaires, regardez comme mon histoire est intense » et prendrait un plaisir fou à mettre sa femme à nu et à poil devant des caméras.
Car le film finit par ressembler au fantasme ultime du jeune réalisateur, qui n'aime rien tant qu'exhiber celle qu'il aime et qui le fait bander, quitte à nous imposer des scènes d'amour de 3 minutes non-stop où une certaine gêne prend rapidement le pas sur toute forme d'esthétisme érotique ou d'excitation. Sous ses aspects de film d'auteur parisianiste bien cliché (ceux où, comme le dit la formule, on fait la gueule dans la cuisine), Ça commence par la fin est en fait la vidéo amateur à peine maquillée d'un couple ne sachant plus vraiment comment pimenter sa vie sexuelle et amoureuse. La prochaine fois, que les cochoncetés qu'ils tournent en privé restent à l'état de petite délire conjugal au lieu de nous être imposées dans des salles de cinéma.




Ça commence par la fin de Michaël Cohen. 1h28. Sortie : 26/05/2010.

2 commentaires sur “ÇA COMMENCE PAR LA FIN”

Pascale a dit…

Ma parole tu l'as écrite d'une main ta note !

- pour oser à un tel récit,
- et qui n'aimerait rien tant qu'exhiber sa femme.
Car le film finit par ressembler au fantasme ultime du jeune réalisateur, qui n'aime rien tant qu'exhiber celle ... (là t'as eu le hoquet !),
- de petite délir.

Mais on est d'accord, ce film, quelle bouillie. C'est beau comme du Vincent Gallo.

Bon allez, je vais reprendre un citron moi.

Axel(ito) a dit…

Je n'ai pas vu le film, mais pour avoir vu une de ses pièces à Marseille, il y a treize-quatorze ans, "Les Abîmés" qu'il avait écrite, mise en scène et dont il était l'interprète principal (reprenons notre souffle) avec aussi Julie Gayet et Serge Hazanavicius, et aussi pour avoir discuté avec lui lors d'une rencontre théâtre au lycée où j'étais, c'est vrai qu'il avait déjà une certaine propension à se regarder le nombril. Je lui avais demandé si c'était pas compliqué de gérer son jeu d'acteur et le fait de répondre aux questions et aux attentes des acteurs par rapport à l'écriture mais aussi à la mise en scène, ça n'avait pas l'air de le tracasser plus que ça. Ce qui ne m'avait pas empêché d'aimer la pièce, mais j'avais 17 ans...

 
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