25 juin 2010

ANNÉE BISSEXTILE

Si les années bissextiles ne tombent normalement que tous les quatre ans, cette Année bissextile est le genre de film qu’on nous propose tous les six mois, en nous faisant croire à chaque fois qu’il s’agit de ce qui se fait de plus pointu dans le cinéma d’auteur actuel. Seulement voilà : ce que propose Michael Rowe ressemble à s’y méprendre – et en moins bien – au début de carrière d’un Amat Escalante – auteur de Sangre et Los bastardos – et d’une demi-douzaine d’autres cinéastes, sud-américains pour la plupart. Ce qui s’apparente ici à une vraie recette se résume à quelques idées vaguement choc et à une mise en scène qui accumule les plans fixes pour tenter d’avoir l’air clinique.
Année bissextile échoue en fait sur tous les tableaux. D’abord, Rowe tente de décrire l’ennui mortel de la non-existence de son héroïne, qui zigzague entre un job pas tout à fait exaltant et une solitude épaisse. Un bon metteur en scène saurait dépeindre un tel quotidien sans rendre cet emmerdement aussi communicatif. On bâille au moins autant que le personnage, qui attend désespérément qu’un évènement quelconque vienne déranger son quotidien. Cela n’arrivera pas : les seules perturbations qui la sortent de sa routine sont une série de partie de baise prétendument extrême avec un type qui débarque quand il veut, la violente s’il en a envie, la chahute quelques minutes avant de regarder un peu la télé et de rentrer chez lui. Ces scènes de sexe en plan fixe sont révélatrices de l’absence d’originalité du film : on a déjà vu cela mille fois ailleurs, en plus froid ou plus drôle. En tout cas en plus utile.
Et quand des brûlures de cigarettes ou une séance d’uro sont au programme, on devrait être secoué, meurtri, choqué, mais rien ne se passe. Ce qui devrait ressembler à de violentes montées d’adrénaline n’a finalement aucune portée cinématographique ou émotionnelle, et la provoc gratuite et mal fichue mise en place par Rowe ressemble à l’œuvre d’un adolescent en mal de moyens d’expression. Quand se dessine en fin de course une idée vraiment extrême et pas loin d’être inédite – brillante scène de dialogues au lit -, c’est pour faire naître une nouvelle désillusion : des promesses, des promesses, encore des promesses, mais quasiment rien à se mettre sous la dent qui colle suffisamment au corps. Qu’on remette la Caméra d’Or à un tel puits de vacuité ressemble à une mauvaise blague.




Année bissextile de Michael Rowe. 1h34. Sortie : 16/06/2010.

2 commentaires sur “ANNÉE BISSEXTILE”

Anonyme a dit…

D'accord avec toi, j'ai vu ce film à Cannes, je me suis ennuyé à mourir, aucune intensité, même les scènes crues sont fades et peu intéressantes, quand j'ai vu qu'il a eu la caméra d'Or, j'ai halluciné! en même temps c'était un peu prévisible avec Gael Garcia Bernal président du dit Jury, vu q'il est mexicain et...le film aussi!

http://lecinedejo.blogs.allocine.fr/

Jiem a dit…

j'ai pas vraiment eu l'impression que le but de Rowe était de choquer...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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