19 mai 2010

ROBIN DES BOIS

On a pu croire, pendant des années, que Russell Crowe était un bon acteur. Ses prestations dans Gladiator, dents serrées, ou dans Révélations, transformation physique à l'appui, ont alimenté le curriculum vitae d'un mec fort antipathique dans la vraie vie mais apparemment capable de concentrer ses humeurs atroces au sein d'un seul et même personnage. Mais voilà : comme bon nombre de ses derniers films, Robin des Bois vient prouver à quel point Crowe est non seulement un acteur assez moyen, mais aussi un vecteur de putréfaction desz oeuvres dans lesquelles il apparaît. Il semble désormais impossible de voir se dresser à l'écran un personnage, qu'il s'agisse de John Forbes Nash dans Un homme d'exception ou le Robin de Longstride qui nous intéresse ici : à la place se dresse Russell Crowe dans le rôle de Russell Crowe, une sorte d'Alain Delon néo-zélandais qui refuse désormais d'être autre chose que lui-même.
Dès lors, la légende de Robin des Bois n'a plus guère d'espace pour se mettre en place. Il semblait difficile pour Ridley Scott et Brian Helgeland de trouver un créneau un peu original et de faire sortir de la masse de Robin-là par rapport à ceux d'Errol Flynn, de Disney, de Mel Brooks et tous les autres. L'idée était pourtant bonne de montrer Robin avant Hood, soit les prémices de ce qui fut si souvent montré à l'écran ou conté dans les livres. Le problème est que le résultat ressemble à un film d'aventure lambda, avec quelques morceaux de bravoure plutôt bien ficelés, mais malheureusement noyés dans une mélasse tiède et absolument pas rythmée, ou la peinture du personnage de Robin ne cesse de se vautrer dans un manichéisme qui n'est jamais aussi atroce que quand il ne dit pas son nom. Idéalisé pendant le premier quart d'heure, il sera ensuite affublé de failles et de défauts qui devraient le rendre plus humain mais lui sont apposés si artificiellement qu'il est impossible de gober cela une seconde. Et la prestation de Crowe, plus antipathique que jamais, n'est pas là pour arranger les choses.
Le film n'existant globalement que par et pour son héros, il a donc beaucoup de plomb dans l'aile : mis à part celui de Cate Blanchett, correctement dessiné, les autres personnages secondaires n'existent absolument jamais, réduits à l'état de figurines ou de chair à pâtée pour futurs jeux de massacre fléchés. Raconter l'avant-Robin des Bois nécessitait davantage d'ampleur scénaristique, de profondeur dans la description des rapports humains, afin de ne pas réduire toute cette histoire à une simple affaire de vengeance et de fierté, comme un concours de bites datant d'il y a huit cents ans. C'est malheureusement ce qui se produit, ne faisant que confirmer le lent et triste déclin de Ridley Scott.
Difficile de croire que le responsable d'Alien et quelques autres grands films puisse être responsable de la grande foire à l'incohérence que constitue ce Robin des Bois. Incohérence stylistique, qui le fait enchaîner des plans relativement corrects pour peu qu'ils soient considérés un à un mais absolument aberrants dès lors qu'ils sont mis bout à bout. Si Michael Bay, Christophe Gans et un Terrence Malick très fatigué s'étaient répartis aléatoirement l'ensemble des plans à tourner, ça aurait donné ce méli-mélo inconsistant et inconstant qui fait concorder le manque de trajectoire scénaristique et l'absence d'identité visuelle. On n'imaginait pas qu'au vingt-et-unième siècle on puisse encore filmer au premier degré une flèche décochée au ralenti avant d'enchaîner sur un plan subjectif vu depuis la pointe de celle-ci. Ridley Scott l'a pourtant fait, concluant de façon passablement ridicule une scène de débarquement façon Saving private Ryan mais manquant toujours désespérément d'un point de vue. Le film est à cette image, ressemblant davantage à une ennuyeuse coproduction européenne qu'à un grand film réalisé par celui qui fut autrefois l'un des réals les plus intéressants d'Hollywood.




Robin des Bois de Ridley Scott. 2h20. Sortie : 12/06/2010.

1 commentaire sur “ROBIN DES BOIS”

Chris a dit…

Russell Maximus Crowe en fait. Robin des Bois n'était pas son meilleur rôle c'est clair, et il ne fera probablement pas mieux que Gladiator dans ce domaine.

En fait ce Robin des Bois pourrait très bien être le petit frère de la version très hollywoodienne de 1991. Historiquement loin d'être réaliste, mais esthétiquement sympathique. Du bon grand public en quelque sorte.

http://cine-emotions.blog4ever.com/blog/lire-article-321516-1764084-robin_des_bois__vu_par_ridley_scott.html

 
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