26 mai 2010

L'AUTRE RIVE

En ces périodes festivalières où une Palme décernée à un excellent réalisateur thaïlandais peut provoquer une sorte de tollé chez quelques cinéphiles honteux de leur méconnaissance de certains cinémas plus exotiques et imaginatifs que la moyenne, on a forcément envie de défendre le septième art le plus jusqu'auboutiste, qu'il aille loin dans la description de la misère humaine ou propose une recherche picturale et thématique relativement inédite. Aussi, quand sort à la fin du mois de mai un film géorgien passé par de nombreux festivals, on se dit qu'il sera justement propice à cette défense acharnée d'un cinéma d'auteur allant à l'encontre de toute velléité populaire mais pouvant se montrer bien plus intéressant que la moyenne.
Hélas, L'autre rive est un contre-exemple plus que criant qui montre que les films parvenant à sortir de leurs modestes pays d'origine sont loin d'être toujours à la hauteur de l'envie de certains spectateurs de découvrir toujours d'autres contrées, d'autres univers. Extrêmement premier degré, le film de George Ovashvili suit un jeune garçon de douze ans qui travaille au noir dans un garage pour éviter à sa mère de se prostituer trop souvent, et qui finira par partir à la recherche d'un père qu'il ne connaît pas. Dès les premiers plans se prépare une longue séance de souffrance faussement auteuriste et réellement putassière : sous couvert de réalisme, le réalisateur insiste lourdement sur l'imposant strabisme du jeune héros, qui ferait passer Marty Feldman pour un premier prix de beauté. Un lourd handicap physique qui n'est jamais exploité autrement que pour créer un mécanisme compassionnel extrêmement putassier.
Le reste est à l'avenant : ça pue la misère dans tous les coins, la mise en scène est au mieux sale et au pire absente, et Ovashvili multiplie les gros plans sur ce jeune homme sans charisme et sans avenir, qui se débat vaguement dans des paysages aussi plats que ce scénario sans grand relief. L'unique but du metteur en scène semble être de faire pleurer dans les chaumières en insistant toujours plus lourdement sur l'absence d'avenir des personnages, qui ne se sont jamais vraiment remis de la déception qui a suivi la tant attendue indépendance de la Géorgie en 1991. Une idée intéressante mais jamais exploitée, le réalisateur préférant clore son film par une bouillabaisse misérabiliste et musicale qui n'est pas sans rappeler les pires moments d'Emir Kusturica et Tony Gatlif. À fuir.




L'autre rive (Gagma Napiri / The Other Bank) de George Ovashvili. 1h35. Sortie : 26/05/2010.

2 commentaires sur “L'AUTRE RIVE”

demos a dit…

J'ai vraiment pas l'impression qu'on ait vu le meme film... Et si ca choque de découvrir la réalité d'un pays qui a connu en 20 ans une sortie du communisme, une guerre civile et deux guerres, ben, effectivement, faut aller voir autre chose.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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