8 mai 2010

GREENBERG

Il arrive de temps à autres qu'un film trouve une tonalité si originale qu'il vous laisse un peu baba, l'air hagard, sans parvenir à trouver les mots qui pourraient éventuellement le caractériser. On savait que Noah Baumbach était de ces cinéastes capables, plus d'un siècle après l'invention du cinématographe, de proposer quelque chose de nouveau et d'absolument incomparable dans la façon de croquer des personnages et des situations. Ce qu'il avait échoué à faire aboutir dans Margot at the wedding - son précédent film inédit en France - donne lieu ici à une puissante réussite d'autant plus perturbante qu'elle est relativement indescriptible. Comme son personnage principal, Greenberg est à la fois marginal et mainstream, fêlé et complètement commun, méchant et tellement attachant.
On imagine volontiers que la première rencontre avec un personnage aussi déstabilisant a tout pour se passer moyennement bien, et c'est d'ailleurs ce qui arrive au film : après une intro muette et magnifique sur le personnage de Florence - Greta Gerwig, énorme révélation -, on a rapidement l'impression de perdre pied dans les relations pourtant simples qui lient les protagonistes. On ne le sait pas encore mais Baumbach se met dès le début à la place de ce fichu Greenberg, assez indifférent aux conventions sociales et peu intéressé par les rapports qui unissent ou éloignent ceux qui l'entourent. D'où cet état d'incompréhension perpétuelle, qui met un certain temps à s'installer avant de devenir tout bonnement grisant. Le film est assez impitoyable, donc hilarant, dans sa façon de décrire le comportement de l'anti-héros avec ses proches. On citera entre autres une scène décrivant une amorce de rapport sexuel qui tournera rapidement au fiasco, et dans laquelle émergent à la fois un esprit comique tout neuf et un vent dépressif plus que décoiffant. C'est comme si la simple maladresse corporelle de Greenberg suffisait à décrire son instabilité psychique et sa fragilité mentale.
Difficile d'en dire plus : Greenberg balade son esprit malade mais un peu tendre avec un esprit allant bien au-delà des mots, qui crée le malaise et la dépendance en même temps. Et puis c'est une déclaration d'amour envers l'un des acteurs les plus incroyablement sous-estimés de notre temps : car, il est temps de le crier haut et fort, Ben Stiller est grand, messieurs dames. Baumbach ne s'y trompe pas, filmant son fascinant visage à coups de gros plans qui auraient pu ne pas être flatteurs mais résonnent comme une mise à nu extrêmement émouvante. Cette tronche-là est un pur tableau, d'autant que l'acteur se refuse à dérouler la panoplie qui est habituellement la sienne. On ne l'a absolument jamais vu comme ça, y compris chez Wes Anderson : Stiller a sans doute trouvé ici l'un des rôles de sa vie. Espérons qu'il en appelle d'autres.









Greenberg de Noah Baumbach. 1h45. Sortie : 28/04/2010.

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