22 mai 2010

COPIE CONFORME

Est sa rencontre avec Juliette Binoche ? Abbas Kiarostami semble en tout cas s'être fait plus accessible avec ce Copie conforme bien éloigné des autres pendants de son cinéma, de films à clés comme Le vent nous emportera en longs concepts - Ten, Shirin. Cette fois, le cinéaste iranien a choisi un dispositif bien plus épuré qui pourrait presque faire penser au diptyque Before sunrise / Before sunset, dans lequel le duo Julie Delpy - Ethan Hawke faisait la route en parlant de la vie, de l'amour, et un peu d'art. La vision kiarostamienne est tout de même beaucoup plus auteuriste, puisqu'il s'agit notamment de traiter de l'importance du regard dans l'art et du rapport entre copie et original, sujet sur lequel travaille l'écrivain incarné par William Shimell - un dandy qu'on a l'impression d'avoir déjà vu mille fois, alors qu'en fait c'est là son premier film.
La première demi-heure aurait pourtant de quoi faire douter quant à l'aptitude du réalisateur de mener à bien ce projet : quelques dialogues un peu faux et un twist intermédiaire, mal fagoté et prévisible viennent à faire douter de la viabilité du projet intégral. Ce serait pourtant un beau gâchis que de s'arrêter là, tant Copie conforme prend par la suite son véritable essor pour parler réellement du couple, de l'amour et de l'art avec un regard pétri de culture mais dégraissé de tout snobisme. Cette balade florentine semble simple, très simple, rehaussée par un duo d'interprètes assez miraculeux - Juliette Binoche notamment, qui vieillit mieux que bien.
Copie conforme, à la manière du livre qu'a écrit le héros du film, s'attache à décortiquer ce qui différencie l'original et la copie, tant en matière d'art qu'en ce qui concerne le sentiment amoureux. Une main sur l'épaule, une oreille attentive, et c'est un amour qui se confirme, se propage ; un amour qui n'est plus vraiment le même sans ces petits gestes, ces marques de considération. Le propos de Kiarostami sur le couple n'est pas foncièrement original, ni incroyablement profond, mais l'espèce de fausse légèreté avec laquelle il traite son sujet le rend absolument universel et l'emmène loin de toute banalité. La scène finale, dans un petit hôtel de Florence, montre à quel point l'amour ne tient à rien, à quelques souvenirs convergents ou non, quelques détails possiblement sans importance mais qui font toute la différence entre un amour qui dure et un simulacre. Sans être totalement convaincant, l'Iranien a su mettre suffisamment se sens dans ses plans-séquence spour nous faire partager son point de vue et ses envies de promenade.




Copie conforme d'Abbas Kiarostami. 1h46. Sortie : 19/05/2010.

9 commentaires sur “COPIE CONFORME”

Ph a dit…

J'étais déjà très attirée par ce film (La Toscane, Juliette Binoche, l'art et l'amour) par sa bande annonce laconique. Après cette critique, c'est une certitude, j'irai le voir.
Je sais que je m'apprête à voir un (très) beau film.
Merci.

Silice a dit…

Tiens, c'est l'une des premières fois que je lis une critique assez bonne de ce film, les autres reste beaucoup plus mitigées voir mauvaise.

boustoune a dit…

@ Silice : Rob Gordon a toujours raison (ou presque)... Du moins là, je suis d'accord avec lui...
Oui, ce film, malgré quelques défauts et la nécessité d'accepter le dispositif mis en place est un beau film, subtil et intelligent.

Silice a dit…

Merci Boustoune pour ton avis. Et maintenant... je vais être déçue de ne pas pouvoir le voir dans ma ville.

Chris a dit…

Pour ma part, Copie Conforme est une déception ou presque. Le sujet est intéressant, le propos relativement pertinant, mais l'ensemble est long, et parfois peu crédible. Je n'ai probablement pas accroché à ce couple improvisé. JUliette Binoche a bien mieux brillée dans d'autres films ;)

http://cine-emotions.blog4ever.com/blog/index-321516.html

COLORI TOSCANI a dit…

Du Festival de Cannes à Lucignano, en Toscane, sur les lieux de “Copie conforme”:
http://coloritoscani.blogspot.com/2010/06/du-festival-de-cannes-lucignano-sur-les.html

valéry a dit…

euh ça ne se passe guère à Florence mais aux alentours et la scène à la fin c'est dans un hôtel de lucignano
mais sinon votre critique est assez juste, il faudrait parler de la perfection formelle du film

Ph a dit…

Ce film est magnifique.
Je prendrais grand plaisir à le revoir.

Anonyme a dit…

Ennuyeux.... Je ne comprends les critiques élogieuses...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz