6 mai 2010

ÂMES EN STOCK

Si son résumé fait immanquablement penser à l'univers de Charlie Kaufman, Âmes en stock démarre plutôt comme un Woody Allen, référence totalement assumée par la cinéaste Sophie Barthes, dont c'est ici le premier long-métrage. Imaginez un peu un acteur en plein doute, qui peine à trouver le ton juste pour jouer Oncle Vania de Tchekhov et finit par aller consulter un spécialiste de l'extraction d'âme dont le discours et la méthode sont finalement assez proches de ce qu'aurait fait un psychanalyste dit classique... Sauf que ce héros tout à fait allenien est incarné par Paul Giamatti et que celui-ci interprète ici son propre rôle. Une mise en abyme tout à fait kaufmanienne. Au long du film, on pensera de plus en plus à l'auteur de Synecdoche, New York, et notamment aux aspects les moins reluisants de son travail - difficultés à boucler une intrigue trop échevelée pour retomber correctement sur ses pattes.
La première moitié du film évolue dans un registre tragi-comique plutôt réussi, même si la mise en scène est souvent loin d'être à la hauteur. Pour camper la détresse de l'acteur et le placer ensuite dans un océan de froideur sans âme - forcément -, la réalisatrice se place maladroitement à mi-distance de son personnage, donnant au film un côté timoré qui ne lui sied vraiment pas. L'aspect clinique de certains décors - les bureaux du scientifique joué par David Strathairn, et cette machine bizarre qui permet d'extraire l'âme et de la mettre en boîte - n'est pas suffisamment mis en valeur en raison du manque d'identité visuelle de l'ensemble. La couleur est terne et la direction artistique insuffisamment travaillée. Cela n'empêche pas le film d'être réellement drôle, notamment parce que Paul Giamatti s'en donne à coeur joie dans une kyrielle de scènes où ses yeux de chiens battu semblent n'avoir jamais si bien fonctionné. L'acteur est véritablement la raison d'être du film, ce qui lui permet d'avancer et de rebondir.
Le scénario, lui, finit par patiner : au-delà de sa bonne idée de départ, Sophie Barthes n'a visiblement pas su aller plus loin dans la drôlerie existentielle ou la métaphysique des tubes. Transformée en pois chiche, l'âme de Giamatti fait l'objet d'un trafic entre les States et la Russie, ce qui mènera l'acteur dans d'autres contrées afin de remettre la main dessus. C'est le propre de bien des films ne sachant plus vraiment où aller, et celui de certains couples cherchant un second souffle : ils partent à l'étranger comme si un simple déplacement géographique suffisait à redonner du sens ou du souffle à une histoire en berne. Comme ce fut le cas dans les moins bons scripts de Charlie Kaufman, Âmes en stock s'enlise, ne parvient plus à être drôle, et s'enferme dans une semi-dépression trop en demi-teinte pour provoquer autre chose qu'une extrême indifférence ou un ennui profond. Comme quoi une grande idée ne fait pas un bon film.




Âmes en stock (Cold souls) de Sophie Barthes. 1h41. Sortie : 05/05/2010.

3 commentaires sur “ÂMES EN STOCK”

Ralph McReiss a dit…

Ah dommage. J'avais trouvé l'idée et les trailers extrêmement amusants.

Pour ce manque d'identité visuelle, peut-être a-t-il manqué à la réalisation la folie d'un Gondry qui aurait pu créer une ambiance assez folle.

Dom a dit…

Tu confirmes le pressentiment que j'ai eu en voyant la bande-annonce, du Charlies Kaufman "moins maitrisé" et une réalisation assez plate. Bref, j'attendrai son passage à la TV.

valerie a dit…

ah la la , cette fois je ne suis pas du tout d'accord avec toi, je trouve au contraire l'intrigue bien ficelée, et l'ensemble inspiré et gracieux, je recommande vivement ce film . et bien sûr si vous voulez voir mon avis en détails, jetez un coup d'oeil à la critique que je viens d'écrire. A plus . V

 
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