14 avr. 2010

TÉHÉRAN

« Un polar à l'iranienne c'est une petite révolution ! » nous dit l'affiche de Téhéran d'une façon complètement enthousiaste. Il est vrai qu'on a très rarement vu le film de genre opérer une réelle incursion au Moyen-Orient, et que sans parler de révolution on serait ravi de voir les cinéastes du cru s'ouvrir à tous les types de cinéma malgré un manque évident de moyens et de liberté. Mais il n'est de toute façon pas question de cela dans le film de Nader T. Homayoun, qui n'utilise que très vaguement un argument de polar pour l'amener nulle part et ne s'en servir que comme moyen de rameuter les foules et de racoler un public trop souvent effrayé par la provenance de certains films. Pendant une heure et demie, Téhéran brode autour de l'histoire potentiellement intéressante d'un mendiant professionnel qui loue un bébé pour être plus pitoyable donc plus rentable, mais finit par paumer le mioche après être tombé dans le piège d'une professionnelle d'un autre type. L'argument aurait pu être prétexte à une errance dans la capitale iranienne, à de belles rencontres fortuites ou à une vraie immersion dans la ville ; malheureusement il n'en est rien.
Homayoun semble ne pas très bien savoir pourquoi il réalise un film, tout comme ses personnages n'ont pas l'air de comprendre pourquoi ils sont là. Téhéran sent d'abord le manque de conviction, qu'elle soit artistique ou sociale, et il est rapidement difficile de se passionner pour ce récit mal mis en scène et terriblement mal joué. Il y a dans le film l'un des pires acteurs de l'histoire de l'humanité, ce qui n'a rien à voir avec son physique ingrat de Spike Lee sauce Rowan Atkinson : le type a un regard de poisson mort, lève les yeux au ciel pour montrer qu'il n'est pas content, plisse le visage pour se donner l'air mystérieux... Chez Ed Wood, une telle interprétation aurait sans doute frôlé le génie ; ici, c'est tout de même beaucoup plus gênant et c'est l'un des éléments qui empêchent le film de s'ancrer dans un réalisme qu'il poursuit de part en part sans jamais parvenir à le rattraper.
Le polar ne va nulle part, la déambulation misérabiliste de nos trois "héros" non plus, et l'on en vient à se demander comment un réalisateur peut avoir l'orgueil de donner à son film le nom d'une ville pleine de ressources, de questionnements, de conflits internes, et ne pas montrer cela à l'écran pendant la moindre seconde. C'est comme si Homayoun filmait indifféremment Téhéran ou Bormes les Mimosas, comme s'il n'avait aucun vécu dans cette ville, comme s'il ne la voyait que comme un vague décor ni plus ni moins intéressant qu'un autre. Qu'un réalisateur se moque à ce point de son sujet conduit le spectateur à se moquer complètement de ses protagonistes, de leur destinée, et de l'avenir de cette ville dont on ne verra pour ainsi dire rien à l'écran. Téhéran voudrait passer pour un polar ou un film d'auteur, mais ne fait que prendre des poses maladroites afin de tenter de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Le cinéma iranien vaut franchement bien mieux que cela.




Téhéran (Tehroun) de Nader T. Homayoun. 1h35. Sortie : 14/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

1 commentaire sur “TÉHÉRAN”

Kilucru a dit…

Oui déception, on préfèrera voir ou revoir "Ajami" ou puisqu'on est à Téhéran "Les Chats Persans" pourquoi pas ?

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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