24 avr. 2010

MOURIR COMME UN HOMME

Tout commence comme un film de guerre : tapis dans la nuit, des soldats portugais avancent doucement dans leur mission. Deux d'entre eux s'éloignent et entament soudain une sodomie silencieuse et passionnée, dans une pénombre émouvante. C'est le début de Mourir comme un homme, qui se muera rapidement en mélodrame tragique, dépeignant notamment la relation entre un transsexuel, son fils et son jeune amant. Pour son troisième long - après les magnifiques O fantasma et Odete -, João Pedro Rodrigues se rapproche du style d'un Fassbinder tout en s'affranchissant parfaitement de ce modèle : son regard n'appartient qu'à lui, tout comme sa façon d'orchestrer ce film étrange, saccadé, qui faire vivre en son sein des genres multiples comme coexistent en Tonia plusieurs personnalités.
Tonia, le héros du film, hésite en effet à franchir le pas qui le transformerait définitivement en la femme qu'il rêverait d'être, des considérations d'ordre religieux l'empêchant d'assumer son envie jusqu'au bout et d'assumer son désir. Pris entre deux feux, le personnage ne cesse de se fissurer, et semble plus d'une fois au bord de l'implosion tant cette multiplicité d'identités troubles se fait dérangeante. Rodrigues traite le personnage de façon semi-réaliste, sans en faire un phénomène de foire mais en trouvant le juste dosage pour en faire quelqu'un de parfois pathétique mais jamais ridicule. Et quoi de plus normal, lorsqu'on décrit un personnage à ce point à côté du monde ordinaire, que de basculer dans un onirisme parfois dérangeant, une sorte de conte d'Andersen plongé dans les ténèbres... Comme toujours chez le cinéaste, il est ici question de fantômes, de réalité troublée, de perception altérée. C'est ce qui rend le film si magnifique.
S'il est loin d'être une comédie musicale, Mourir comme un homme brille cependant par son utilisation de la musique, non à des fins festives - on est loin de Priscilla, folle du désert - mais dans le but d'atteindre des émotions inédites. Stupéfiante scène dans laquelle les personnages, avançant dans la forêt, s'arrêtent soudain et écoutent sans bouger, sans rien dire, un long morceau de musique. La chanson est aussi hypnotique pour le spectateur que pour eux, et tous se retrouvent au même degré de bouleversement, comme si la vie se mettait en pause le temps pour chacun de se rappeler qui il est. Le film ne cesse de surprendre et de déconcerter, de prendre le contrepied du ton attendu, et ce jusqu'à la fin. Potentiellement tragique, la dernière scène parvient à verser dans une euphorie assez grisante, comme si pour Tonia et les autres rien n'était assez grave dans cette vie terrestre ne constituant que la première étape d'une existence plus riche et plus longue, où il serait enfin possible de s'assumer totalement. Magnifique.


À lire : l'interview de João Pedro Rodrigues.



Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues. 2h13. Sortie : 28/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

1 commentaire sur “MOURIR COMME UN HOMME”

Jiem a dit…

L'ayant vu l'an dernier à Cannes, à l'inverse de toi, je l'ai trouvé fouillis, inachevé (mais trop long), désagréable et plutôt moche... Comme le réal le dit dans l'interview, le film donne l'impression de partir d'une idée pour en traiter anarchiquement trois ou quatre autres, sans jamais chercher a attiser le public. Ça ne m'a à aucun moment fasciné (encore moins captivé), l'esthétique est navrante (le paroxysme est atteint avec l'utilisation des filtres de couleurs sursaturés) et la fin n'arrive jamais... Un vrai moment d'ennui et de souffrance pour moi (mais comme je n'ai pas pour habitude de quitter les salles en plein films... j'ai souffert jusqu'au bout).
J'avais pourtant failli me faire refouler dès l'entrée en salle (je portais des claquettes !). J'ai finalement regretté la souplesse du personnel...

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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