5 avr. 2010

LIGNES DE FRONT

Le génocide rwandais ne cesse de revenir hanter nos écrans. Après Le jour où Dieu est parti en voyage et Munyurangabo en fin d'année dernière, voilà que Jean-Christophe Klotz apporte sa pierre à l'édifice. Réalisateur de documentaires, reporter de guerre au moment des évènements tragiques, il livre un regard forcément fidèle, forcément réaliste, qu'il agrémente d'une légère subjectivité forcément en lien avec sa sensibilité personnelle. Klotz est de ceux qui ne sont jamais vraiment revenus du Rwanda, dont la tête est toujours là-bas, et c'est d'ailleurs ce que montre la dernière partie de Lignes de front : comment, à force d'être un observateur attentif et engagé, on en vient à s'impliquer au-delà de son rôle de journaliste et à s'interdire tout espor d'apaisement intérieur.
Jalil Lespert interprète avec la grâce qui le caractérise ce reporter qui tente d'offrir un vrai regard sur l'abjection qui règne à l'intérieur du pays. Avant d'être un film sur le génocide - traité de toute façon à échelle humaine, loin des grosses machines ampoulées façon Hôtel Rwanda -, Lignes de front est une oeuvre qui interroge la place du journaliste dans ce genre de situation d'horreur. Abuser de son rôle d'occidental pour se faire ouvrir des portes inaccessibles à d'autres, utiliser la détresse d'un jeune homme cherchant sa fiancée pour nourrir son reportage et marchander son droit d'entrée... Autant d'agissements auxquels le personnage est contraint de se plier bien qu'il n'ait rien de ces charognards qui tueraient père et mère pour obtenir une image à sensation. Pour Antoine Rives, pas d'images sans propos, pas d'information sans diversité des points de vue : cet homme consciencieux et passionné en est pourtant réduit à faire parfois comme tout le monde pour arriver à imposer sa voix.
Klotz filme avec simplicité les semaines passées par Rives entre négociations permanentes et recherche du bon comportement à adopter ; il montre à quel point la guerre et l'horreur peuvent avoir des effets extrêmement rapides sur la personnalité de ceux qui la font ou la scrutent. Le plan le plus stupéfiant du film est sans doute celui où le héros voit à la télévision une image de lui-même, filmée par un autre, en train de dormir paisiblement. Dans le reflet de l'écran, on voit simultanément un homme brisé, qui n'a pas su ou pas voulu mettre à temps les bonnes barrières. Se détruire à ce point pour un reportage de 3 minutes qui sera ensuite décliné par des monteurs malicieux en 52 minutes faussement édifiant relève de l'héroïsme, certes, mais d'un héroïsme forcément un peu pathétique, voire vain. Lorsqu'il réalise que les Utu ont utilisé son reportage pour localiser des Tutsi, il est trop tard pour Antoine Rives, à jamais détruit par cette expérience sans égale. En dépit de quelques maladresse, Lignes de front est un film fort et intelligent, que tout journaliste en herbe devrait prendre le temps de regarder.




Lignes de front de Jean-Christophe Klotz. 1h30. Sortie : 31/03/2010.

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