27 avr. 2010

LIFE DURING WARTIME

Todd Solondz peut tout se permettre, y compris réinventer le concept de suite : Life during wartime est en effet annoncé comme celle de Happiness, son chef d'oeuvre sorti voilà onze ans. Sauf que tous les interprètes ont changé et que certains personnages ont vieilli beaucoup plus rapidement que d'autres. Pour tout dire, et même si c'est un film indispensable, il n'est absolument pas obligatoire d'avoir vu Happiness pour apprécier celui-ci : les rares situations passées à être réexploitées le sont du bout des doigts, ou suffisamment explicites pour ne perdre personne en route.
Plus que jamais, Solondz s'amuse à employer des acteurs d'apparence normale - des gamins sans aspérité, une héroïne ayant joué toute sa vie les femmes idéales ou les meilleures amies discrètes - et à mettre dans leur bouche les pires horreurs. Ce travail sur le contraste entre apparence proprette et idées noires ou sales commence à sembler légèrement systématique de la part du metteur en scène ; mais il fait ici preuve de davantage de finesse dans le traitement. Lorsque la gentille mère de famille raconte à son fils de 10 ans qu'elle est toute mouillée ou lorsque mille autres délicieuses horreurs sont proférées, on ne peut que rire, certes pas à gorge déployée comme c'était le cas dans Happiness.
Libéré des lourds concepts qui rendaient Storytelling et surtout Palindromes si pachydermiques, Life during wartime démonte l'american way of life, fait ressurgir au sens comme au figuré les fantômes du passé, tourne en dérision les principes de précaution et la victimisation outrancière. Le personnage le plus intéressant - et le plus tête-à-claques - est sans doute le gamin de l'affiche, que ses taches de rousseur et un air tartignole font ressembler au personnage principal d'une pub Nutella, alors qu'il est un concentré des phobies américaines les plus ridicules et excessives. Vouloir devenir un homme avant l'âge mais prendre n'importe quel adulte pour un pédophile en puissance : tel est le mal de cette société constamment sur la défensive, que Solondz met en lumière de façon particulièrement caustique. Reste qu'on a l'impression que le cinéaste pourrait pondre dix mille films de ce genre sans interruption, sans nous lasser peut-être, mais sans réel coup d'éclat. Les prises de risques des longs-métrages précédents ne portaient pas vraiment leurs fruits mais étaient finalement plus excitantes...




Life during wartime de Todd Solondz. 1h38. Sortie : 28/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

2 commentaires sur “LIFE DURING WARTIME”

Benjamin F a dit…

Je suis vraiment fan de Happiness et j'ai suivi le reste de sa filmo avec attention. J'aurai été étonné qu'il réussisse à livrer une suite à la hauteur de l'original, mais je suis sûr à minima de bien me marrer :)

Anudar a dit…

Je l'ai vu hier. C'est assez marrant et on arrive même à se sentir gêné à la place des personnages. Névroses médicamenteuses ou non. Mais je dois dire que j'ai été plus convaincu par la façon dont le film est foutu que par son propos. Et qu'est-ce que la BA est bien choisie ! Tout est à l'image d'une société bien jolie à l'extérieure mais bien faisandée quand on regarde sous la croûte.
Par contre, mais ça n'est pas dans le film bien sûr, je n'ai pas compris pourquoi certains spectateurs quittaient la salle pour ne pas revenir.

 
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