28 avr. 2010

THE INVENTION OF LYING

Ricky Gervais est drôle, voire même le type le plus drôle du monde selon certains - ils ne connaissent pas Larry David, les pauvres. mais peut-il l'être sur la durée ? C'est la question qui se pose avec The invention of lying, que l'acteur a co-écrit et co-réalisé, et qui constitue le deuxième "vrai" premier rôle interprété par Gervais au cinéma après la gentiment molle Ville fantôme. Les deux film partagent sensiblement la même tare : démarrant plutôt bien - voire très solidement pour celui-ci -, ils finissent assez vite par s'affaisser sous le poids d'un scénario laborieux et assez peu inventif malgré l'apparente originalité des rebondissements choisis. Mais s'il est assez difficile de faire à Ricky Gervais des reproches sur le scénario de La ville fantôme, qu'il n'a pas écrit, on peut s'interroger sur ses ressources en tant qu'interprète. Ne dit-on pas qu'un excellent acteur comique est capable d'insuffler de la drôlerie même dans le script le plus pataud de l'univers ? N'est-ce pas par exemple le propre de l'improbable Will Ferrell ? Si. Sauf que Gervais, après une demi-heure passée à jouer les faux derches médiocres, n'a visiblement plus rien à offrir, incapable de se renouveler suffisamment pour apporter du sang frais à ce film.
The invention of lying début pourtant sur de bonnes bases, à la manières d'un Menteur menteur plus flegmatique : les situations les plus simples y sont reconsidérées sous un jour totalement neuf, à partir du simple principe selon lequel le monde décrit dans le film ne connaît pas le mensonge. L'hypocrisie n'a plus sa place, les fausses convenances non plus, et chacun se retrouve contraint de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Contraint ? Pas vraiment en fait : contrairement au film avec Jim Carrey, ne pas mentir n'est pas le fruit d'une malédiction, mais un principe d'autant plus intéressant qu'il est tout à fait naturel. Il est simplement inenvisageable d'embellir le réel, d'arrondir les angles ou de raconter un bon gros bobard, ce que la première demi-heure dépeint délicieusement - malgré un manque d'énergie certain côté mise en scène.
Il y a dans le film quelques idées absolument géniales, dont la vision proposée par Gervais et Matthew Robinson de ce que serait le cinéma s'il était impossible de mentir : de longs et lénifiants exposés, face caméra, d'histoires s'étant réellement produites. Sans point de vue, sans mise en scène, sans amusement aucun. Le cinéma-vérité n'existe pas, ou alors il est sacrément ennuyeux. Mais ces idées assez saisissantes ne suffisent malheureusement pas, et lorsque The invention of lying prend le risque de faire considérablement évoluer son pitch - le premier menteur de l'histoire devient une sorte de prophète absolu sur Terre -, c'est pour mieux s'abîmer dans un hors-sujet assez lourdingue et plus vraiment drôle. Au final, on voulait du Gervais et on a du Mike Judge, avec un bon gros délire sans queue ni tête qui ne fait pas jubiler mais qui tend à créer une véritable frustration chez ceux qui attendent toujours que cet artiste de talent trouve le souffle suffisant pour figurer dans un film savoureux d'un bout à l'autre.




The invention of lying de Ricky Gervais & Matthew Robinson. 1h40. Sortie : 28/04/2010.

2 commentaires sur “THE INVENTION OF LYING”

Defré a dit…

J'ai vu ce film dans l'avion en allant au Brésil (oui je me la pète un peu) et, je ne vais pas dire "pour une fois", je suis entièrement d'accord avec ton analyse : Excellent principe et première partie (bien qu'un poil molle) et échec de la seconde partie (voire même, pour un non-croyant comme moi, on pourrait presque penser que l'invention de Dieu tel qu'il est perçu aujourd'hui est "naturel" et "spontané"... Ce qui est effectivement le cas du "paradis", déclencheur de tout ça). Il est censé sortir quand ce film ?

Charly a dit…

Pas encore vu le film, mais je trouve ça facile de dire que le script de La Ville Fantôme était mou, et sans inventions dans la seconde partie du film.

Au contraire, je trouvais que c'était là qu'il était le meilleur, notamment,

SPOILER
lorsque Gervais semblait mourir en plein film, avec un spleen terrible ("oh ça venait juste de commencer à devenir intéressant"), pour finalement ressusciter avec un twist du genre qu'on ne voit plus depuis les années 90.

FIN DU SPOILER.

 
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