11 avr. 2010

COMME LES 5 DOIGTS DE LA MAIN

Alexandre Arcady n'a jamais été un grand cinéaste, mais s'acquitta néanmoins par le passé de quelques films relativement efficaces, sagas familiales ou polars nerveux. Il faut cependant remonter loin en arrière pour trouver son dernier film supportable du réalisateur, qui dans les années 2000 s'est essayé à la comédie - Tu peux garder un secret ? et Mariage mixte -, au film d'action - Entre chiens et loups - ou au drame sur l'Algérie - Là-bas, mon pays. Et malgré son casting foisonnant et impressionnant, Comme les 5 doigts de la main ne viendra pas relancer la machine Arcady, qui a du plomb dans l'aile dès le démarrage et ne parviendra jamais à se relancer correctement. Lorgnant sur le cinéma d'un James Gray et s'inspirant également de sa propre situation familiale - le film est dédié à ses quatre frères -, le réalisateur tente un mélange osé entre chronique familiale et film noir, avec à la clé une histoire de vengeance prenant sa source trente ans plus tôt.
La première différence entre Gray et Arcady réside dans la qualité de mise en scène. Chez l'un, elle est là pour magnifier le propos, offrir à l'action une dimension baroque, créer l'émotion à partir d'une lumière bien choisie ou d'une averse délicatement filmée. Chez l'autre, elle ne fait que rompre le contact du spectateur avec le film, les plans incompatibles s'enchaînant de façon incohérente au gré d'un montage d'une mollesse absolue. Dès le départ, il est impossible d'entrer dans le film, de croire à ces cinq frères et à leur histoire, parce que jamais Arcady ne nous en donne les moyens. La direction d'acteurs ne vaut pas mieux : tous, de Caravaca à Elbé, semblent un peu à côté, portés par un manque de conviction ou une envie de se contenter de personnages en forme d'archétypes - le pharmacien très croyant, le prof militant, le restaurateur casse-bonbons... Aucun ne tire son épingle du jeu car il n'y a pas grand chose à défendre. La construction du film, qui met d'abord en parallèle la vie "normale" de quatre des frangins et le tumulte de l'existence du personnage de Vincent Elbaz, souffre d'un tel déséquilibre dans le style et dans l'esprit qu'il est bien difficile d'y voir un seul et même film. Problèmes de cohérence de mise en scène, d'écriture, de justesse de ton... Passer en un instant de la comédie juive - les funérailles du début sont inénarrables - au polar noir nécessite un talent d'équilibriste dont Alexandre Arcady ne dispose clairement pas.
On a de la peine pour cette bande d'acteurs qu'on aime - presque - tous bien et pour ces seconds rôles extrêmement bien choisis, de François Fabian à Moussa Maaskri, mais Comme les 5 doigts de la main est un ratage, aussi pataud et cliché que son titre. Arcady s'échine en effet à nous montrer que point la famille c'est sacré et à quel point les liens du sang sont plus forts que tout. Voir chacun des frères saisir une arme et partir venger la famille dans un ultime sursaut d'orgueil a quelque chose de profondément risible, notamment lorsque Patrick Bruel, mâchoire serrée, s'empare d'un fusil longue visée pour nous la jouer sniper. Oh, bien sûr, le scénario aura eu l'idée judicieuse de nous prévenir un peu plus tôt de son expérience de tireur d'élite à l'armée, mais là encore les gros sabots sont de mise. La partie action du film ne vaut pas mieux que le reste, et il est impossible de ne pas avoir envie de se moquer de la façon dont Alexandre Arcady filme tout ça. À Noël prochain, offrons-lui un Petit James Gray illustré, ça pourrait lui servir s'il lui prend l'envie de recommencer.




Comme les 5 doits de la main d'Alexandre Arcady. 1h57. Sortie : 28/04/2010. Festival de Beaune 2010.
Critique publiée sur Écran Large.

8 commentaires sur “COMME LES 5 DOIGTS DE LA MAIN”

Benjamin F a dit…

"On a de la peine pour cette bande d'acteurs qu'on aime"... Ah bah maintenant t'aimes bien Bruel... La cruauté se perd... :)

Silice a dit…

Olala, j'ai eu l'occasion de le voir aussi et je te trouves dur... oui, ce n'est pas un grand films, oui, ce n'est même pas un bon film surtout lorsque l'on compare aux autres films de Beaune mais passons ça...
J'ai tout de même apprécier, on sent que c'est Aracdy, on sent que c'est français, le film est parfois un peu mou mais ça passe bien quand même. Pas de la grande réalisation ? Je n'ai pas l'oeil expert, c'est certain mais je ne peux qu'aller dans ta direction.
Après faut pas toujours comparer un tel avec un tel ... et essayer de profiter de la séance.

Rob Gordon a dit…

@Benjamin : tu as oublié le mot "presque". Il est très important...

Thierry a dit…

Je vous trouve dur et particulièrement injuste. Il s'agit d'un Arcady, dans la ligné de ces précédents films sur les saga juives d'afrique du Nord. Mais nous avons passé un bon moment, le film est peut être un peu longa démarrer mais plutot sympa au final.

MARTINE a dit…

N ECOUTEZ PAS LES CRITIQUES....FAITES COMME MOI ALLEZ JUGER PAR VOUS MEMES. CE FILM EST EXCELLENT, DES ACTEURS BIEN DANS LEUR ROLE ET COMME DANS LES FILMS DE ARCADY HUMOUR, LARMES, SUSPENSE TOUT Y EST.
FONCEZ 2HEURES DE BONHEUR

Anonyme a dit…

moi j'ai passé 2 heures agréables en allant voir ce film . Il y a, certes, des passages un peu irréalistes ...Mais comme dans tant d'autres films . Ceux qui ont aimé les autres films d'Arcady aimeront celui-là aussi

Anonyme a dit…

Une vraie horreur, un ratage complet, je pense que c'est se foutre du spectateur..., pour réaliser de cette manière..., on dirais que les acteurs n'ont aucuns points de repaire, ils jouent dans le vide, pas d'expressions, je ne comprend absolument pas le commentaire de "MARTINE" ici plus haut, elle ne doit jamais avoir vu de film de sa vie...

Anonyme a dit…

Je l'ai regardé avec fascination et désespoir. fascination de voir qu'au 21ème siècle on puisse encore faire des films comme ça, avec autant de mauvais goût, autant de niaiseries que ce soit sur les scènes d'action à la glue ou les valeurs odieuses de la famille. Tout est à chier dans ce film, je dis bien tout. Etr désespoir parce que j'aurais tellement voulu être un juif pied noir avec un loft à paris et une grande et belle villa à la ciotat. mais à la place de cela, je suis un enculé de français responsable du désastre dans le tiers monde et qui vit comme une merde sous le seuil de pauvreté. merci Arcady.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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