30 avr. 2010

CAMPING 2

C'est un fait assez connu : depuis des dizaines d'années, Gérard Lanvin consigne dans un cahier des répliques et des réparties entendues çà et là ou trouvées par lui-même au détour d'une conversation animée. Lorsqu'il tourne une comédie, l'acteur insiste ensuite pour proposer ses propres bons mots afin d'offrir une identité propre à ses personnages et d'augmenter leur potentiel comique à partir de dialogues dont l'efficacité l'a convaincu depuis longtemps.
Pourquoi rappeler ce fait ? Parce que Lanvin, à cause d'un changement inévitable de personnage - ou peut-être de tensions sur le tournage ? -, a laissé sa place à Richard Anconina, que les réalisateurs persistent à placer en tête d'affiche de comédies populaires alors qu'il a le charisme d'un cocker et le potentiel comique d'une palourde. Comme dans La vérité si je mens mais dans un mode encore plus lénifiant, l'acteur insuffle au film une bonne grosse dose de déprime et aligne mollement les répliques sans punch, là où un Gérard Lanvin inspiré aurait sans doute pu limiter la casse en apportant ses idées, sa gueule et son tempérament. Camping 2 est à l'image de ce changement d'interprète et de personnage : la superficialité gentillette du premier volet a laissé place à un ennui profond doublé d'une consternation permanente.
Spécialiste des films simples, pour ne pas dire simplets, Fabien Onteniente est malheureusement de ces réalisateurs qui souhaitent à tout prix donner des suites à leurs films les plus populaires. Après le cataclysme Jet set 2, Camping 2 vient confirmer qu'il s'agit d'une très mauvaise idée. Les films d'Onteniente ressemblant régulièrement à des catalogues de tous les lieux communs liés au sujet annoncé dans le titre, proposer un deuxième film sur le même sujet le pousse non pas à se surpasser mais à se répéter et à aller toujours plus loin dans la beauferie et le clinquant. Les évolutions "psychologiques" des personnages sont nulles, la vulgarité prédomine, les taglines ne fonctionnent absolument jamais... Le tout, malgré le budget du film, frôle l'amateurisme tant la réalisation se fait poussive et tant l'interprétation atteint des sommets d'homogénéité dans la nullité. Tous, de Claude Brasseur à Christine Citti, atteignent des cimes de nullité en proposant un jeu théâtral, même pas digne des films de Michel Lang. Finalement, le seul à résister à l'inénarrable puissance nanardesque de ce film mortellement chiant, qui tente régulièrement l'émotion mais n'a pas la finesse pour, c'est ce sacré Franck Dubosc, dont le jeu et le moule-bite n'ont pas varié d'un iota. Ce qui est bien loin de suffire pour le rendre drôle, lui qui fut si prometteur dans le Incognito d'Éric Lavaine. Ayez pitié de vous-mêmes, fuyez.




Camping 2 de Fabien Onteniente. 1h39. Sortie : 21/04/2010.

8 commentaires sur “CAMPING 2”

Phil Siné a dit…

ennui, vulgarité, c'est effectivement ce que j'imagine de ce film à plus de 700 copies en 1ere semaine ! du coup, je boycotte avec un plaisir non dissimulé... ;)

Rob Gordon a dit…

Je n'ai pas l'habitude de me chercher des excuses, mais je n'y serais pas allé si on ne me l'avait pas demandé pour des raisons "professionnelles"...

dasola a dit…

Bonsoir mon pauvre Rob, ce n'est pas un métier facile, critique de cinéma sur blog. Tu aurais dû prétexter une maladie quelconque, comme une allergie à la bêtise (et je reste polie) (par exemple). Je n'ai rien vue de ce réalisateur depuis Pédale douce. Bonne soirée.

Ralph McReiss a dit…

Petit truc simple lorsque l'on est personnellement ou professionnellement obligé d'aller voir un navet : acheter un ticket pour un film qui mérite 10 balles, et aller voir le navet.

On se sent alors tellement plus léger.

Ariane a dit…

Effectivement, Incognito était pas mal du tout ! Je garde un bon souvenir de ce film.
Pour Camping 2, ce sera sans moi aussi, sauf si, poussée par les copains, c'est le choix de la séance ciné demain...

Thierry a dit…

Bonjour
Je découvre votre blog avec ce billet, que je considère comme un peu acide, voire peut être inutile. Non, pas inutile dans le sens où il est très bien écrit, mais inutile dans le sens où, il existe une gamme de films populaires qui n'ont aucun besoin de recevoir quelque-conque critique, si bien rédigé soit elle.

Ces films populaires, pour nous, le peuple. Nous, les provinciaux, qui n'avont parfois pas besoin d'un scénario tiré d'un best seller ou d'effets spéciaux ILM dernier cri.
Nul besoin de le comparer, de mesurer le jeu d'acteur ou des répliques.
A l'image des bronzés, des Ch'tis, ces films là sont une bouffée d'air frais populaire. Un goût de vacances d'été vers des lieux où nous retrouvons nos amis, nos voisins, nos souvenirs d'enfance, des inconnus qui deviendront des amis d'un été, sur des plages bondées, dans des campings ou des hôtels 2* bradés par Last Minute ou Leclerc Voyages.

Voilà, mon petit doigt me dit que ce film fera 1000 fois plus d'entrées que le prochain Woody Allen (quoi que ... Carla Bruni risque de booster les entrées allez donc savoir pourquoi). Parce que ce film est à voir pour se changer les idées, pour se divertir en famille, dans des petites salles provinciales, loin des Gaumont-rama 3D Dolby Surround.

Sortez de votre coquille, videz vous la tête, regardez d'un oeil naïf. Parce que le cinéma c'est aussi un divertissement.

Mais ne nous regardez pas comme des beaufs, juste comme des français populaires. 80% du peuple en fait.

Jiem a dit…

Qui a dit qu'Onteniente savait faire des films ??? (hé hé hé)
Perso j'ai été plus dégoûté par le premier que j'avais trouvé d'un vide sidérant et outrageusement pédant.
Là, bizarrement, j'ai apprécié que le réalisateur s'efface... et les quelques réparties bien placées de Seigner remontent un chouilla la bouillie.
Je dirais que cette suite est... moins mauvaise que l'original. J'ai dit "moins mauvaise" hein, par "meilleure", qu'on s'entende.

PS : j'ai vraiment du mal avec la sagesse du béotien...

maison a dit…

le camping à la maison : si le 1 avait été une bonne surprise, la suite avec la même construction est trop classique

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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