28 mars 2010

SOUL KITCHEN

Versant habituellement dans le drame pour ne pas dire dans le poisseux, l'Allemand Fatih Akin choisissait avec Soul Kitchen d'opérer un virage à 180 degrés ou presque, par l'entremise d'un scénario léger et d'une galerie de personnages excentriques et bigarrés. Il sera bien difficile pour ses détracteurs de lui reprocher une quelconque putasserie tant le film s'attache à n'être qu'une fantaisie sans conséquence, un défouloir pour les zygomatiques, une ode à l'épicurisme. C'est justement là que se situe la réelle réussite d'Akin : s'il semble sincèrement persuadé de livrer une parenthèse fonctionnant sur du plaisir immédiat, il atteint au final une vraie profondeur dans la succession de portraits effectués, touchant du bout des doigts une certaine grâce à laquelle peu de comédies peuvent prétendre.
En cela, Soul Kitchen aurait presque des airs de Trainspotting, le lourd poids de la came en moins. Adam Bousdoukos - Zinos, le héros du film - ressemble plus à Eric Bana qu'à Ewan McGregor mais aurait quand même pu faire un grand Renton dans le film de Danny Boyle, les deux personnages partageant cette fausse insouciance dissimulant mal une vraie gêne devant la tournure moyennement enviable qu'ont pris leurs existences. Un quotidien d'autant plus lourd à porter qu'il leur faut traîner une armée de sacrées personnalités derrière eux, évidemment sympathiques et assez utiles, mais tout de même un peu accaparantes. Il y a le frère, branquignol pique-assiettes joué avec délectation par un Moritz Bleibtreu qui exploite de mieux en mieux son physique de monolithe. Il y a le cuisinier au fort tempérament, auquel Birol Ünel prête sa noirceur et ses excès. Il y a tous ces personnages féminins, qui de prime abord semblent plus en retrait mais s'affirment progressivement pour bientôt prendre le contrôle sans prévenir. Les héros ont beau être des trentenaires, Fatih Akin s'amuse à les dépeindre comme d'éternels ados pour qui seules la bouffe, la musique et la baise comptent. On ne peut pas vraiment leur donner tort.
Dépourvu de vrai fil narratif - on se moque des déboires amoureux de Zinos, et on ne s'en fait pas trop pour la destinée de son restaurant -, Soul Kitchen est avant tout une oeuvre belle, drôle et rythmée sur les quelques choix cruciaux qui font qu'on peut se construire une vie rêvée ou un quotidien pourri. Même une nourriture un peu plus aphrodisiaque que la moyenne peut avoir, l'air de rien, des conséquences sur la bonne fortune du héros - stupéfiante scène d'orgie alimentaire et sexuelle, où baiser une créancière en la photographiant avec son portable est une image complètement acceptable. Libre dans ses excès, criant avec simplicité son amour de la vie, du rock et des bouffes chaleureuses, Akin s'autorise tout, se trompe peu - la scène du cimetière est ratée - et livre une oeuvre à l'image de la vie qu'on devrait tous avoir : immature mais pas idiote, décontractée mais pas nonchalante, et surtout tournée en intégralité vers la quête du plaisir. Un cadeau pareil ne se refuse pas.




Soul Kitchen de Fatih Akin. 1h39. Sortie : 17/03/2010.

4 commentaires sur “SOUL KITCHEN”

Pascale a dit…

Oui c'est beau et très drôle.
Et les rôles de filles ne sont pas sacrifiés.
Surtout l'étourdissante Anna Berdeke (ou un truc approchant j'ai pas vérifié).
Rare.

neil a dit…

C'est un film léger qui donne la pêche. Et qui baigne dans une atmosphère baba cool très sympa. En plus d'être habilement réalisé.

benoit a dit…

j'ai trouvé ça assez moyen, c'est généreux, plein d'énergie mais ça reste tout le temps gentil je trouve est pas très drôle.

Catnatt a dit…

Jubilatoire.
Voilà.
Alors oui c'est pas très profond, ça va pas chercher tres loin mais qu'est ce que j'ai ri !

J'ai été très cliente, et ça faisait bien longtemps (Dikkenek pr être exacte) que j'avais pas ricané toute seule devant ma télé.

Merci :)

 
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