6 mars 2010

PRECIOUS

Dans Darling, adaptation d'un roman de Jean Teulé, Christine Carrière s'intéressait au destin d'une femme ne cessant de boire la tasse, prise sous un flot incessant de malheur. On y frôlait sans cesse l'écoeurement, l'overdose de pathos guettant à chaque coin de plan, même si le traitement légèrement distancié choisi par la cinéaste permettait d'éviter le pire. Si Precious fait penser à Darling, c'est que l'héroïne du film de Lee Daniels est encore plus plombée par les évènements que sa consoeur française. Obèse, analphabète, enceinte d'un deuxième enfant - le premier étant trisomique - suite à un nouveau viol perpétré par son père, Precious cumule. Les vingt premières minutes nous assènent, comme si de rien n'était, un nombre record de casseroles et de traumatismes, sur un mode assez indigeste. Comme si le réalisateur Lee Daniels voulait à la fois feindre l'indifférence face à cet ensemble d'évènements mais qu'il ne pouvait s'empêcher d'en rajouter sur le sordide pour faire entrer le spectateur dans un mécanisme d'addiction et de culpabilité vis-à-vis de la jeune femme.
À cet égard, la scène de viol opère un racolage qui voudrait passer pour du courage, filmant au ralenti les va-et-vient du bonhomme et montrant le plafond se désintégrer pour mieux permettre à Precious de partir dans l'un de ses rêves. Oui, car Precious rêve, se voyant starlette ou chanteuse, ce qui se traduit par une galerie d'images volontairement clinquantes destinées à montrer que ce personnage-là n'est pas comme les autres et qu'il est empreint d'une vraie personnalité cachée derrière une apparence hostile et patibulaire. Elle souhaiterait donc être blonde, blanche et mince. Y avait-il besoin de l'expliquer dix fois pendant le film ? Daniels aime tellement ses protagonistes qu'il ressemble davantage à une assistante sociale qu'à un cinéaste, leur faisant répéter leurs craintes et leurs envies aussi souvent qu'ils le souhaitent sans jamais les couper.
Et quand Precious tombe dans le giron d'une prof aussi jolie que bienveillante, rencontrant par la même occasion une armada de nanas à peine plus vernies qu'elle, on imagine que le phénomène de groupe va encore accentuer le phénomène. C'est là qu'est la surprise du film : il devient finalement plus léger lorsque la jeune femme peut enfin se sortir de ses terreurs habituelles et montrer qui elle est au gré d'ateliers d'écriture ou de séances d'ouverture au monde. Precious n'en devient pas pour autant un film bouleversant ou révolutionnaire, mais prouve que Lee Daniels est capable de délicatesse. En tout cas par endroits, puisqu'il retombe régulièrement dans ce qu'on pourrait nommer le syndrome Sundance, avec fausse dignité et contre-emplois mal justifiés. Pas maquillée, franchement livide, Mariah Carey fait ce qu'elle peut, et plutôt bien, mais sa seule présence ici fait tiquer. Qu'une star aussi capricieuse joue à ce point avec son image pour interpréter un rôle-clé a quelque chose de franchement pas sain. Heureusement que Gabourey Sidibe, massive et fragile à la fois, évolue au-delà de tout calcul : elle sauve régulièrement le film du total bourbier dans lequel il s'empêtre. C'est pour elle, et quasiment que pour elle, qu'il faut jeter un oeil sur ce film.




Precious de Lee Daniels. 1h49. Sortie : 03/03/2010.

2 commentaires sur “PRECIOUS”

Jadis Vintage a dit…

J'aurai, au moins ajouté une étoile à votre estimation.Certes,"Precious" n'est pas le film de l'année, mais il y a une certaine lumière dans toute la noirceur du film.Il est vrai que le film a un peu de mal a démarré, mais ensuite on est pris dans l'histoire de Gabourey Sidibe. Je ne trouve pas qu'elle sauve à elle toute seule le film, il y a aussi Mo'Nique Imes-Jackson (sa mère, dans le film) qui dans son rôle de marâtre des temps modernes, assure aussi. Quant à Maria Carey, et bien, je l'ai trouvé plus que crédible dans son rôle d'assistante sociale, bien plus que dans celui de chanteuse à voix.

Rico a dit…

et bien moi je te trouve bien dur. Je comprends tout ce que tu écris mais finalement le film est plutôt délicat et la caméra est plutôt objective une fois admis la misère dans laquelle l'héroïne évolue.
J'ai mis plusieurs minutes à reconnaitre Mariah Carrey qui a mon grand étonnement est plutôt bonne actrice. Lenny Kravitz par contre ce n'était pas nécessaire...

j'ai écrit un court texte ici:
http://www.ricorizzo.com/2010/03/precious-de-lee-daniels/

 
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