8 mars 2010

NINE

Il était présent dès le départ, cet amour rageur pour le Huit et demi de Fellini, donnant envie à sa horde d'admirateurs de se battre contre le montage d'un remake comme une lionne défendrait ses petits. Mais Rob Marshall est parvenu à monter le projet sur la foi de succès passés et d'un scénario cosigné par feu Anthony Minghella... Dès lors, il y avait tout lieu de s'attendre à une mascarade musicale de la trempe de l'exécrable Chicago doublée d'une reconstitution vaseuse du niveau de celle de Mémoires d'une geisha. Résultat : oui, c'est un peu le cas. Et non, c'est autre chose.
De chansons inaudibles en carences d'interprétation, Nine est pétri de défauts, c'est indéniable. Mais, ô surprise, c'est un vrai film de cinéma, avec un coeur et des tripes, une mise en scène qui ose quitte à se prendre parfois les pieds dans le tapis, et une envie dévorante de croquer la désorientation spatiale et temporelle de ce Guido Contini, cinéaste génial mais à court d'idées, envahi par toutes les femmes de sa vie (merci les L5) au moment même où il avait le moins besoin d'un embrouillamini affectif. Fellini faisait cela avec une maestria évidente, dans une autobiographie romancée et onirique aussi désarçonnante que chaleureuse. Artisan d'Hollywood, Marshall met l'incohérence de son style au service de cette histoire d'un type justement pas cohérent, qui navigue entre diverses images de la femme comme pour tenter de trouver enfin son idéal féminin. De la vulgarité de Fergie à l'exubérance de Penélope Cruz en passant par l'indifférence mal contenue de Marion Cotillard, les interprètes sont dans l'excès, dans l'archétype, mais c'était là la meilleure façon de rendre compte de la misogynie galopante qui anime Contini. Misogynie qui nourrit paradoxalement la fascination du personnage pour les femmes.
Couleur, noir et blanc, mobilité et calme plat : le style de Nine est difficile à analyser parce que finalement assez foutraque, ce que n'aurait peut-être pas renié Fellini. Voilà un film un peu malade, qui tente de faire comme s'il se coulait dans le moule hollywoodien - notamment de par ce casting riche en stars - alors qu'il est perpétuellement à côté. Truffé de plans géniaux sans doute piqués ailleurs, animé par une gueule de bois permanente, Nine est une sorte de miracle sur pattes, un film totalement exaspérant sur certains plans mais tellement fêlé qu'il en devient délectable. À l'image de la prestation de Daniel Day-Lewis, une nouvelle fois génial, faisant preuve d'une classe désabusée qui ne peut que rendre envieux.




Nine de Rob Marshall. 1h58. Sortie : 03/03/2010.

8 commentaires sur “NINE”

Marine a dit…

Mais qu'est-ce qu'on reproche à "Chicago" au juste ? Une sacrée histoire, avec de très bons morceaux de chant et de danse, sur fond d'univers carcéral... la classe !

J'aime cette critique car elle reflète bien la perplexité qui est la mienne devant ce film... foutraque c'est le mot. Quand tu parles de plans géniaux, lesquels en particulier ?

Ralph a dit…

Ah tiens, la première bonne critique de "Nine" que je croise; peut-être que ça me décidera à y aller finalement.

boustoune a dit…

C'est une critique empoisonnée... Ou comment dire qu'un film est réussi en disant du mal de tous ses aspects artistiques...
Du grand art!

En fait, tout dépend comment on veut aborder le film.

Si on le prend comme un remake de "Huit et demi", c'est sûr que la comparaison tourne largement en sa défaveur.

Si on le prend comme une comédie musicale façon Broadway, c'est assez moyen. Nettement moins bon que "Chicago". Désolé cher Rob, nos avis divergent profondément sur ce film-là... Pour moi, c'était un petit bijou de mise en scène et de rythme, pour un divertissement hollywoodien.

Enfin, si on le prend comme un hommage léger et ludique au cinéma italien des années 1950/1960, il prend toute sa dimension. Car oui, ce style un peu "foutraque", oscillant entre les genres, l'onirisme et la réalité, les mémoires et la quête identitaire, est volontaire et retrouve, d'une certaine façon, le style de Fellini. Marshall n'en possède pas le génie, mais il a d'autres cordes à son arc et ne mérite sans doute pas les commentaires acerbes de certains critiques qui se sont ingénié à descendre complètement le film, pourtant loin d'être un navet...
Disons que pour un "simple" divertissement, c'est plutôt pas mal...

Pascale a dit…

Marine : si t'attends une réponse du taulier, accroche toi aux branches !

Rob Gordon a dit…

Chicago c'était superficiel et doté d'une intrigue absolument inintéressante. Et il n'y avait pas cette petite anomalie qui fait de Nine un film hautement plus recommandable...

boustoune a dit…

C'est ton point de vue...
Moi aussi, je préfère les films qui ont un fond et une ambition artistique forte plutôt que les purs divertissement hollywoodien mais parfois, quand le spectacle est de qualité, c'est agréable à regarder.
Rob Marshall n'est peut-être pas un grand metteur en scène, mais c'est un habile faiseur qui sait comment réaccomoder les bonnes vieilles recettes du cinéma hollywoodien et sur ce plan-là, "Chicago" ne manquait pas d'inspiration...
Après, tu as le droit de trouver l'intrigue ridicule. Mais à ce moment-là, que penser des scénarios des vieilles comédies musicales de la RKO, comme Top Hat ou Shall we dance? Pas franchement plus reluisants... Et pourtant : Fred Astaire, Ginger Rogers, de beaux numéros dansés... Et une place dans les livres d'histoire du cinéma...
Et ça suffit à faire passer un bon moment au spectateur, seul objectif avoué de ces oeuvres-là...

dasola a dit…

Bonjour Rob, c'est bien la première bonne critique que je lis. Les critiques "officielles" ont assassiné ce film. Ce que je ne comprends pas. Je ne l'ai pas encore vu mais il fait partie de ceux que je dois voir. Bonne après-midi.

De la lourdeur à l'ennui, ce sont les longueurs qui étouffent ce navet larmoyant. De bonnes idées, mais qui n'ont pas vocation à mettre en valeur L'Italie, ce que James Bond Quantum of Solace avait pourtant réussi (un miracle)

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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