30 mars 2010

LA RÉVÉLATION

Auteur du très très grand Requiem, Hans-Christian Schmid était attendu de pied ferme avec cette histoire tournant autour d'un procès pour crimes contre l'humanité. Le lien avec son film précédent est très vite établi : La révélation est une nouvelle foius le récit d'un exorcisme, celui de cette femme serbe concernée de très près par les agissements perpétrés par ce général qui évoque bien évidemment plus d'un célèbre criminel politique. Ancré dans un désir absolu de réalisme, le film est pourtant moins destiné à souligner de façon édifiante les heures sombres de l'ex-Yougoslavie qu'à montrer comment le positionnement d'une citoyenne ordinaire, a priori ni plus brisée ni moins abattue que les autres, peut infléchir sur la trajectoire d'une nation entière et la destinée de toute une génération. Ce lourd poids, Mira Hajdarevic le porte sur ses épaules, et Schmid montre de façon assez admirable la difficulté d'endosser une telle responsabilité.
La révélation débute de façon saisissante, comme si Schmid et son co-scénariste avaient choisi d'adapter fidèlement les minutes du procès. L'une des séquences les plus marquantes du film est sans doute celle où le procureur joué par Kerry Fox est contraint de se rendre en Serbie avec son témoin et la partie adverse afin de vérifier dans les faits si le témoignage est fiable ou non. Ou comment une simple histoire de gabarit de bus peut remettre en question tout un procès, donc des années de travail, donc l'avenir d'un pays et la crédibilité de la justice. Il est cependant regrettable que le nombre de scènes de cette envergure diminue régulièrement avant de se réduire à peau de chagrin et de rendre le film moins passionnant que précédemment car encombré par davantage de conventions. Les dialogues auraient notamment gagné à être plus affinés, le spectateur un peu rompu au genre devenant rapidement capable de terminer lui-même une réplique sur deux. C'est sur ce point que Schmid déçoit, par un échec relatif dans son entreprise de remodernisation du film judiciaire. Le portrait de femmes est touchant, mais un tel sujet aurait dû accoucher d'un constat plus fort, presque épidermique, sur la dégueulasserie de certains rapports de force.
La mise en scène est à cette image, parfois impressionnante mais souvent timorée. Hans Christian Schmid a en fait repris à son compte les tics visuels de bon nombre de réalisateurs de films politiques ; or La révélation avait les moyens de se distinguer du lot à condition de ne pas ressembler à un énième dérivé de State of play. Ce qu'il finit malheureusement par être. Heureusement, les deux actrices principales font preuve d'une sobriété réellement bouleversantes, parvenant à placer leurs personnages sur la corde raide, entre confiance absolue et pudeur forcée. Révélée par Cristian Mungiu, Anamaria Marinca est particulièrement brillante dans le rôle de cette femme brisée par le chemin funeste pris par son pays et surtout par une destinée personnelle qui la rend d'autant plus fragile. Elle est l'atout numéro 1 d'un film qui donne envie de continuer à suivre le cinéaste allemand mais qui ne restera pas aussi mémorable que Requiem dans sa façon de revisiter un genre.




La révélation (Sturm) de Hans-Christian Schmid. 1h50. Sortie : 17/03/2010.

1 commentaire sur “LA RÉVÉLATION”

dasola a dit…

Rebonjour Rob, ce film est en effet très bien mais je m'attendais à un film plus fort voire plus tragique sur la fin mais si on aboutit à un constat d'échec pour une des parties. Bonne après-midi.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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