9 mars 2010

THE GHOST WRITER

Il avait déçu avec le morne Oliver Twist, frustré avec un Pianiste bien classique... Revoici enfin le Roman Polanski du siècle dernier, un cinéaste libre - sans mauvais jeu de mots - et retors, capable de partir d'un genre a priori balisé pour accoucher d'oeuvres singulières et toujours déviantes, que cela soit perceptible ou non. The ghost writer s'inscrit parfaitement dans cette mouvance, sa façade de thriller politique ouvrant sur un panorama absolument étourdissant. Soit une percée dans les tréfonds de l'âme humaine à travers l'histoire de ce ghost writer - c'est tellement plus joli que nègre, si nos académiciens pouvaient y faire quelque chose ils prouveraient enfin leur utilité - chargé de réécrire la biographie d'un ancien Premier Ministre britannique suite à la mort du précédent nègre - grrr.
A priori, tout peut faire peur dans The ghost writer. La présence au générique du planplan Pierce Brosnan, de la clinquante Kimm Cattrall, de l'inintéressante Olivia Mortimer. Au final, peu importe, d'abord parce que Polanski a toujours été un grand directeur d'acteurs, et parce que malgré leur temps de présence à l'écran la plupart des personnages secondaires n'apparaissent au final que comme des pantins. Comme l'indique son titre, le film tourne principalement, pour ne pas dire uniquement, autour de cet écrivain incarné par Ewan McGregor, véritable machine à recréer qui se trouve subitement pris au piège de sa propre curiosité. Le plus fascinant ici, c'est la façon qu'a le cinéaste de donner une impression d'enfermement dans les scènes d'extérieur... et réciproquement. Le tout par le biais d'une mise en scène élaborée qui tire excellemment profit de décors quasiment inédits. Et notamment cette maison pourvue de baies vitrées si gigantesques que les murs semblent parfois disparaître, comme s'il s'agissait toujours de faire apparaître la face cachée des choses.
Mais revenons au personnage de McGregor, qui prend décidément un peu plus d'ampleur à chaque film : après des débuts forcément timides et un semblant de face-à-face avec un Brosnan tout de même pas mauvais, le ghost writer va finalement se transformer en une sorte d'enquêteur solitaire et paranoïaque, dans une sorte de remake minimaliste mais convaincant des 3 jours du Condor. La mutation de ce héros dirige celle d'un film de plus en plus insaisissable donc de plus en plus passionnant, qui fascine non seulement par sa scénographie mais également par la conduite de son récit. Voilà un véritable film d'intrigue, d'autant plus addictif qu'il assume pleinement ce statut. On est fréquemment bien en peine de deviner de quoi sera faite la scène suivante, et c'est un plaisir absolu de ce faire balader par ce très grand monsieur qu'est Roman Polanski, vieux grigou qu'on espère revoir tôt ou tard derrière une caméra. Même si quitter définitivement son art sur un dernier plan aussi parfait constituerait le plus beau des adieux.




The ghost writer de Roman Polanski. 2h08. Sortie : 03/03/2010.

8 commentaires sur “THE GHOST WRITER”

Pascale a dit…

Ben c'est pas des vrais fantômes boubourse, faut pas avoir peur comme ça !
Quand tu dis "Pierce Brosnan tout de même pas mauvais" est ce que tu veux dire "quand même un peu bon" ?
Et qu'est-ce que tu as contre les personnes de couleur ?
:-) bien sûr !

Phil Siné a dit…

j'ai adoré ce film, je suis parfaitement d'accord avec ta critique ! la mise en scène n'est pas ostentatoire mais d'une perfection incroyable !

Arnaud a dit…

Je dois avouer que j'étais également ultra sceptique en entrant dans la salle. Et pourtant j'ai été bluffé et par la mise en scène (tout simplement incroyable ce décor) et par la direction d'acteurs (Ewan McGregor toujours pile poil). Léger bémol sur l'intrigue finalement pas si palpitante, mais les scènes de mise en place au début sont magnifiques.

Ralph McReiss a dit…

J'ai vraiment aimé l'atmosphère grisâtre du film. Pour une personne comme moi qui a passé beaucoup de temps dans les îles écossaises, avec de nombreux aller / retour interminables dans des ferrys tous plus lugubres les uns que les autres pour des arrivés sous le crachin et la grisaille, j'ai parfaitement retrouvé cette langueur et cette légère dépression dans le film.

C'est aussi la première fois que j'apprécie le jeu de McGregor, très simple, serein et, malgré la situation de son personnage, en confiance. Peut-être son meilleur rôle.

Si l'histoire est (volontairement) transparente et téléphonée, la mise en scène rachète tout, avec des décors somptueux et une musique d'Alexandre Desplat vraiment entêtante.

Et la scène finale est effectivement très belle, mais j'ai surtout apprécié la séquence d'ouverture sur le ferry qui, finalement, résume entièrement le film.

Timothee a dit…

Un article juste! J'ai aimé ce film dont l'épure et la transparence (qui est celle du personnage de nègre) confine à la théorie...

Dordain a dit…

Un excellent travail de mise en scène et des acteurs au diapason.

Roman Polanski a vraiment de la classe !

Ch. Dordain.

Artistik Rezo a dit…

Chaque réalisateur a pourtant son boulet qu’il traîne à ses pieds. Pour nous, cela sera certainement « The Ghost Writer ».

catnatt a dit…

Vu ! J'ai suivi tes recommandations :)

Je plussoie tout ce que tu dis. J'en profite pr signaler les plans de fin, magistraux : les mains qui se passent le bout de papier, le départ, un bruit sourd et les pages qui s'envolent, une puis trois, puis...
(c'est spoiler de dire ça ? :p)

Merci, j'embraye sur les autres

 
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