25 mars 2010

DREAM

Les films de Kim Ki-duk nous sont arrivés en masse dans le courant des années 2000, au rythme de un à trois par an, nous permettant de découvrir le cinéaste coréen - quasiment inconnu chez lui - de façon instantanée et approfondie. On a goûté la force picturale de sa mise en scène, sa façon de lier amour, désir et perversion, son romantisme incurable et symbolique, le tout au coeur d'histoires passionnelles, passionnées, au goût de sang et de salive. L'île, Adressse inconnue, The coast guard et tant d'autres nous donnaient envie de poursuivre avec lui cette aventure fulgurante, racée et atrocement attirante. Et puis patatras : à peine l'avait-on considéré comme un cinéaste indispensable qu'il commençait à nous décevoir. L'arc, Time, Souffle, Dream : même symptômes, mêmes maux. KKD semble avoir fait le tour de son cinéma est en est réduit à livrer éternellement une réinterprétation de plus en plus schématique des thématiques qui ont fait sa force par le passé. Et c'est affreusement triste.
Dream est, à n'en pas douter, le moins bon film de son auteur, qui semble à la fois avoir perdu sa vigueur de storyteller inattendu et sa puissance esthétique. C'est donc l'histoire d'un type qui, quand il rêve, provoque chez une inconnue des crises de somnambulisme qui la poussent à se mettre en danger. Cet argument à la Shyamalan aurait pu donner un thriller fantastique éprouvant, mais ce n'est pas le genre de la maison ; ou un très grand film d'amour contrarié, mais ce n'est plus du ressort du réalisateur. Impossible à résumer - mais pour de mauvaises raisons -, le film fonctionne principalement sur le principe assez comique qui veut que Jin - le gars - et Ran - la fille - ne doivent pas dormir en même temps s'ils veulent éviter tout danger. Le Kim Ki-duk de L'île aurait trouvé moult stratagèmes inventifs et poétiques pour empêcher cela ; ici, cela se résume à se scotcher les paupières et à se piquer régulièrement le crâne avec de petites aiguilles pour s'empêcher de s'endormir. Le spectateur note ces petits trucs et regrette de ne pas avoir pris avec lui son sparadrap ou son nécessaire de couture, tant Dream est chiantissime du début à la fin.
Rapidement, on ne comprend plus rien aux motivations des personnages et à leurs agissements, la mise en scène brouillonne ne favorisant absolument pas l'implication. Ralentis pour signifier l'érotisme d'une scène de sexe, flous artistiques sans raison apparente : la mécanique tourne à vide et le film ne va nulle part. Il devient même absolument insupportable lorsque le réalisateur, visiblement conscient d'ennuyer l'audience, balance quelques scènes de scarification et de masochisme qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Là où les hameçons de L'île disposaient d'une puissance érotique, horrifique et symbolique qui ne pouvait qu'éberluer, les scènes de violence physique de Dream n'apparaissent que comme de petites provocations tentées par un type qui ne sait plus comment accrocher son public. À l'image de la brièveté de leurs titres, les derniers films de Kim Ki-duk tournent vaguement autour d'un unique concept, potentiellement fort mais dont il ne sort à peu près rien. Dream est de loin le pire exemple de la déchéance de celui qu'à l'époque on appelait cinéaste.




Dream (Bi-mong) de Kim Ki-duk. 1h35. Sortie : 24/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

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