26 mars 2010

ARROPIERO, LE VAGABOND DE LA MORT

Avec sa petite moustache et son regard sombre, Manuel Delgado Villegas ressemble à un citoyen lambda. Sauf que celui qu'on surnomma Arropiero - en référence au nom des sucreries fabriquées par son père - n'est autre que le tueur en série le plus meurtrier d'Europe, et sans doute l'un des plus effrayants du monde. Ce vagabond de la mort, qui a longtemps subsisté en vendant son sang, a confessé une cinquantaine de meurtres même s'il n'a finalement été reconnu coupable que de sept d'entre eux. De l'avis des spécialistes, Villegas pourrait même avoir été beaucoup plus prolifique que cela... Seulement voilà : cette bête sanguinaire et totalement marginale n'a jamais eu vraiment toute sa tête, bien loin de l'image légendaire du serial killer joueur, calculateur et manipulateur. Ce type-là est un animal, un vrai, tellement barré qu'il a passé sa vie à zigzaguer d'un asile à l'autre au lieu de croupir en prison. C'est donc fort logiquement que le réalisateur Carles Balagué, également auteur de fictions, s'est jeté sur ce personnage pouvant créer une sorte de fascination morbide. Interrogeant des spécialistes, fouillant dans les archives, il tente de reconstituer le portrait de de terrible tueur décédé en 1998.
Les fans de Christophe Hondelatte et de films policier ne pouvaient que se frotter les mains ; ils déchanteront rapidement devant ce qui n'est au final qu'un vague bout à bout d'entretiens sans énergie, menés face caméra et se réduisant souvent à une simple énumération de faits. En quatre-vingts minutes, Arropiero, le vagabond de la mort ne propose pas grand chose de plus qu'une sorte de gigantesque frise chronologique sur laquelle s'égrènent les crimes sordides à intervalles réguliers. Pas de mise en scène, aucun élan narratif : seule l'envie de racoler le spectateur semble réellement faire avancer Balagué, si bien que l'ennui prime rapidement sur la curiosité.
Il y avait pourtant tant de facettes fascinantes chez cet Arropiero de malheur. À commencer par ce patrimoine génétique si particulier et sans doute vecteur d'une agressivité débordante : il possède trois chromosomes sexuels, pour un détonant cocktail XYY, rarissime alliage qui a déjà donné naissance à plusieurs bêtes assoiffées de violence. On ne s'y arrête malheureusement que de façon très fugace, tout comme on passe en quelques minutes sur les hésitations critiques du système judiciaire espagnol, qui aurait pu éviter un certain nombre des meurtres perpétrés par l'individu mais l'a laissé filer à plusieurs reprises à cause d'erreurs administratives. En revanche, et c'est l'aspect le moins mal traité du film, Balagué s'attarde sur la pathétique fin de vie de son sujet, décédé à 55 ans après avoir subi les effets d'un vieillissement précoce et accéléré qui l'a transformé en loque humaine à un âge pourtant raisonnable. Peine perdue : ce grand personnage de cinéma s'est déjà échappé du film depuis bien longtemps, prouvant si besoin est que l'on ne s'improvise pas réalisateur de documentaires...




Arropiero, le vagabond de la mort (Arropiero, el Vagabundo de la Muerte) de Carles Balagué. 1h20. Sortie : 24/03/2010.
Critique publiée sur Écran Large.

1 commentaire sur “ARROPIERO, LE VAGABOND DE LA MORT”

Bassman a dit…

Bonjour.
1) Manuel Delagado Villegas n'est pas une "bête sanguinaire", c'est un malade mental. Votre terminologie s'apparente à la mauvaise presse du xix e siècle, or nous sommes en 2010. "Un détonnant cocktail XYY, rarissime alliage qui a déjà donné naissance à plusieurs bêtes assoiffées de violence". Ouh la, c'est le genre d'affirmations qui a fait condamné pas mal d'innocents, ça ! Quelques siècles plus tôt, vous auriez été dans l'Inquisition et vous auriez fait brûler les fous, vous… Ne faites pas la bête : il y a pas mal de gens qui sont responsables de la mort de centaines de milliers d'hommes et qui n'avaient ni chromosome en plus, ni chromosome en moins. D'autre part il n'y a pas dans la nature d'animaux sanguinaires : à part les hommes fous, justement, ou avides de richesse…
2) "Fascination morbide" de qui ? La vôtre ? Personne ne vous obligeait à voir le film. Ce n'est pas parce qu'on s'intéresse à un sujet lié à la mort qu'on est dans la "fascination morbide". La mort est seulement... un sujet désespérément humain, comme la vie, comme l'amour. Le terme "fascination morbide" sent la vieille dame qui appose sa morale effrayée sur un sujet qui la concerne et l'effraie... plus encore que les autres !
3) Les fans de Christophe Hondelatte et de films policiers ? Mais quel rapport ? Quel rapport entre une émission putassière sur des faits divers médiocres, la thématique historique de la fiction policière dans laquelle on trouve absolument de tout (téléfilms médiocres, séries américaines par milliers, chefs d'oeuvre du cinéma…) et un documentaire sur un tueur en série dont on connait aujourd'hui encore aussi mal les motivations que les actes ? Vous faites dans le cliché et l'approximation.
4) Le réalisateur n'a pas fait oeuvre de voyeurisme (je ne suis pas son cousin, je ne le connais pas et n'ai aucune raison de le défendre !), il s'est borné effectivement à montrer la vie d'un homme à part. Ce n'est pas forcément un documentaire réussi ; mais s'il est contestable, ce n'est certainement pas pour les raisons péremptoires que vous promulguez : il n'y a pas à être un réalisateur ou un spectateur pervers et voyeur pour s'intéresser à la vie de misère, morale, physique, sociale, d'un homme atteint de psychoses ; qui sont simplement une folie plus forte, plus grave, plus inacceptable que la vôtre ou la mienne.
5) Vous parvenez à montrer dans votre papier que de votre côté, la névrose consiste à dénoncer abusivement chez les autres ce que vous redoutez en vous : c'est intéressant, mais ce n'est pas très honnête pour l'oeuvre, et pas très professionnel…
Commentaire déplacé, affirmations éhontément caricaturales, assimilations honteuses prouvent, si besoin est, que l'on ne s'improvise pas critique de film et auteur de blog…

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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