29 mars 2010

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Le festival de Cannes 2010 semble déjà bien faisandé : son président sera Tim Burton, cinéaste acclamé du siècle dernier, devenu tout mièvre et tout gluant après le bug de l'an 2000. Le sursaut Sweeney Todd n'était apparemment qu'un accident industriel : le créateur d'Edward, l'amoureux des martiens vintage, le psychanalyste de l'homme chauve-souris et quelques autres pleurent à chaudes larmes la disparition de l'artiste illuminé et torturé qui fit les beaux jours du cinéma américain. Un quart de siècle après son départ de chez Disney, Burton a signé avec la firme un contrat pour deux films, et le gigantesque succès de ce film-ci ne devrait pas lui donner envie d'en rester là.
Alice au pays des merveilles
offre une vision désincarnée et industrialisée de l'univers créé par Lewis Carroll au dix-neuvième siècle. Esthétiquement, c'est un déferlement d'effets numériques sans épaisseur qui aligne les tableaux et les personnages avec une régularité dépassionnée, comme s'il s'agissait de proposer à intervalles réguliers de nouvelles idées de décors pour Alice, le jeu vidéo sur Wii - où il faut boire des fioles le plus vite possible pour accéder au monde suivant - et de jouets pour les prochains Happy Meal de chez McDo. On devrait trembler devant cette horde de cartes à jouer, mépriser à mort la vilaine Dame de Coeur, être perturbé par la présence du chapelier fou. Mais rien n'y fait, et ce dernier en est la preuve écrasante : porté par un Johnny Depp s'enfermant de plus en plus dans une hystérie calculée, comme s'il s'agissait de devenir culte et pas d'incarner un personnage, c'est une sorte de grand pantin sans personnalité, dont on ne gardera en mémoire que les étranges lentilles de contact.
L'image grisâtre, à peine rehaussée par une 3D acceptable mais dispensable, fait penser - et c'est terrible - à ces bidules d'heroic-fantasy menés par Le monde de Narnia, dont l'ambition première et assumée est de récolter du pognon. Qu'un type de la trempe de Burton soit devenu un simple rouage de planche à billets ne peut que faire mal au coeur. Dans Narnia, d'ailleurs, il y a le fameux Prince Caspian, tellement dépourvu de charisme que ça ne peut qu'être volontaire. Il a son équivalent dans Alice en la personne de Mia Wasikowska, jeune nana fadasse au regard mort et à la bouche pincée. À se demander si cette absence de personnalité, chez l'actrice comme dans l'ensemble du film, ne faisait pas partie du cahier des charges imposé par Disney. Qu'on soit ou pas un aficionado du réalisateur, on peine tout de même à imaginer qu'il ait à ce point perdu toute ambition cinématographique.
Même en le considérant comme un simple film pour enfants, bien loin de la résonance psychanalytique et hallucinogène de l'oeuvre de Carroll, Alice au pays des merveilles peine à tenir debout, caractérisé par une absence de rythme qui le rend rapidement soporifique. Les tableaux s'enchaînent mollement, sans audace, dans une juxtaposition linéaire qui ne rend absolument pas grâce à ce monde nonsensique, ou la mot "logique" est une insulte et où l'inattendu prime sur le calcul. On se situe ici dans une logique de consommation, puisqu'il s'agit avant tout de bouffer de la pelloche, de justifier le prix du ticket, et de se moquer éperdument du ressenti du spectateur. Cette logique mercantile va même jusqu'à s'inscrire dans l'affligeante conclusion du film, coup de grâce ultime et exaspérant : libérée de ses soucis, Alice décide de partir en Chine pour y tirer profit de ressources financières encore inexploitées... Où est le rêve là-dedans ? Le merveilleux ? Le cinéma ? Nulle part. Absolument nulle part. Consternant.




Alice au pays des merveilles (Alice in Wonderland) de Tim Burton. 24/03/2010. Sortie : 1h49.

9 commentaires sur “ALICE AU PAYS DES MERVEILLES”

Anonyme a dit…

ce film est avant tout une oeuvre pour les enfants et pas une oeuvre phylosophique d'Arte.
Il me semble important d'apporter un peu plus de respect aux nombreux spectateurs venus voir ce film pour esperer passer un bon moment et non pas se poser des questions existencielles sur l'improbable histoire amoureuse du chapelier fou et du lapin en retard...!!!
Vous etiez en colere lorsque vous avez ecris ou quoi??? vous n'etes absolument pas objective ou tif dans cette revu de presse qui n'en est pas une d'ailleur.

Anudar a dit…

Ce n'est pas le style de Rob Gordon de critiquer pour être désagréable. Sa critique et sa note correspondent à son ressenti profond de ce film, lequel ressenti doit être très mauvais...
En ce qui me concerne, la bande annonce (trop sucrée, vue deux fois) m'a donné envie de relire les livres de Lewis Carrol. Mais pas de voir le film. Mauvais signe.

C'est malheureusement bien vrai... L'univers de Tim Burton pouvait tellement se retrouver dans celui de Caroll et en faire un chef d'oeuvre que la chute est encore plus dure.
Je suis arrivé aux mêmes conclusions que vous : http://lesespritscritiques.blogspot.com/2010/03/alice-au-pays-des-merveilles-tim-in.html

neil a dit…

Le film m'a déçu, mais mois que toi apparemment. Peut-être que je n'attendais rien ou pas grand chose. Burton a clairement perdu de son allant depuis quelques années déjà et sa collaboration avec Disney n'est pas convaincante. En plus la 3D n'apporte strictement rien au film. Assez décevant, en effet.

Knorc a dit…

Je rejoins ta critique. On est très loin de l'ambiance merveilleuse du dessin animé. Même le chapelier n'est pas si fou que ca.
Pourtant, faire un film sur Alice au pays des merveilles avait un gros potentiel, et j'attendais ca avec impatience... Dommage.

CheschireGrin a dit…

Même constat pour moi concernant ce "Alice au pays de Narnia" ou ce "Na'vi au pays des merveilles"....il n'a aucun intérêt et prouve encore une fois que la 3D est un fléau dans l'indusrtie cinématographique en creusant un peu plus les films déjà creux sous pretexte d'un relief visuel gadget et inutile
Deuxième point : ce n'est pas parcequ'un film s'adresse aux enfants (c'est vrai qu'après tout c'est plus un film de Disney qu'un film de Burton) qu'il doit être sans profondeur, débilitant et un pur objet marketing lissé et trop sucré....pourquoi prendre les enfants pour des crétins incapables d'être sensibles à des propos dépassant le premier degré ???
Les livres de Lewis Carroll sont eux même la preuve de cela : ils sont lus et appréciés par les enfants mais comportent une infinité d'autres degrés accessibles à ceux qui souhaitent s'en donner la peine ( paradoxes logiques, jeu sur les mots,interprétations psychanalytiques, etc....).
C'est ce qui fait la richesse d'une œuvre voir même d'un chef d'œuvre...il faut cesser ce manichéisme artistique excuse facile à toute décérébration :il n'y a pas d'un coté les œuvres "intellos" et de l'autre les œuvres "pour passer un bon moment"(entertainment étant donc le mot d'usage) , il est possible qu'une œuvre fasse passer un bon moment tout en faisant réfléchir, un bon moment à réfléchir...sisi c'est possible !!! Je vous assure !!! même si l'intoxication du "marquettage" tend à nous faire croire que les deux sont antinomiques.
Le jour où Disney adaptera l'œuvre de Shakespeare en conte d'heroic fantasy douteux en 3D , je ne pense pas que je passerai un "bon moment à le regarder"....assister à la mise à mort de la culture par le marketing ne m'a jamais procuré un sentiment de bien être....et ça ce n'est pas réfléchi...c'est viscéral....
Réfléchir ou jouir, faut il vraiment choisir ????

PaKa a dit…

Damned !
Serais-je donc le seul à avoir apprécié l'Alice du m'sieur Burton ?

Mon avis sur Angle[s] de Vue :

http://www.anglesdevue.com/2010/03/31/alice-au-pays-des-merveilles-de-tim-burton/

Anonyme a dit…

jaime beaucoups ce film je le trouve passionan et tres drole c'est un film tres beau avec beaucoups de choses etrange et extraodinaire mai c'est avant tout une histoire que les enfants connaissent qui a ete adapter en film pour les plus jeunes qui n'ont pas eux l'ocasion de le lire je ne l'ai pas vu :(

maison 66 a dit…

Shakira au pays des merveilles

 
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