15 févr. 2010

WOLFMAN

Le projet Wolfman a commencé à devenir intéressant début 2008, avec le forfait de Mark Romanek quelques semaines avant le tournage pour cause de « différends artistiques » avec Universal. Le projet intéressait Frank Darabont, James Mangold, Martin Campbell et même Brett Ratner - on a eu chaud -, mais c'est finalement Joe Johnston qui a décroché la timbale. Johnston ? Un yes man techniquement irréprochable compensant régulièrement son absence de génie par un travail passionné et sans relâche. Ce que vient confirmer l'impression laissée par le film : celle d'une oeuvre au fort potentiel mais qui sent la précipitation et l'approximation, dans le découpage des scènes fortes comme dans la direction d'acteurs. Comme si le court temps de préparation avait créé la panique chez un réalisateur besogneux et appliqué.
Sur le papier, Wolfman a tout pour devenir un futur classique, avec notamment son atmosphère très dix-neuvième siècle et les paysages anglais rappelant les heures sombres de l'affaire Jack l'Éventreur. Installer une structure fantastique - fantômes, loups-garous et autres - dans une époque reculée permet de faciliter le refus du réalisme et d'inscrire le récit dans un style plus baroque, et ce que Johnston parvient à accomplir, aidé par un script résolument balisé mais pas dépourvu d'enjeux. La mise en place, qui va lorgner du côté des gitans, est en tous points alléchante. La suite ne cessera d'intriguer mais peinera à satisfaire les exigences de chacun. Le problème ne vient pas des effets visuels, assez réussis, mais bien de cette mise en scène hétéroclite et incohérente, qui empêche le film de trouver son rythme. Les scènes de métamorphose et de poursuite sont particulièrement gênantes : elles manquent d'un réel point de vue, ce qui semble pousser Johnston a poser sa caméra un peu n'importe où, à filmer du dessus, d'en dessous, de face, de dos, sans que ce soit jamais justifié. Un Ratner aurait fait pire, certes, mais on peut imaginer qu'un cinéaste plus accompli et moins parachuté aurait sans doute eu les armes pour restituer l'exaltation qui anime les personnages.
Ceux-ci sont également très classiques et assez linéaires. Le duo/duel entre Benicio del Toro et Anthony Hopkins est malheureusement le talon d'Achille du script, la monstruosité qui l'anime n'étant pas assez viscérale. Comme Hopkins en fait des caisses et que del Toro est légèrement absent, le choc tant attendu n'a pas vraiment lieu. On regrette d'autant plus que les personnages secondaires n'aient pas été plus développés, Emily Blunt et Hugo Weaving disposant de la classe et du magnétisme nécessaires. En faisant évoluer ses loups-garous sur deux pattes et en plaçant en marge de l'action principale une histoire d'amour forcément contrariée par la lycanthropie, le film semblait s'affirmer comme une relecture romantique et très humaine du fameux mythe. Pour des raisons un peu floues, il s'avère n'être qu'un petit divertissement se voyant sans déplaisir mais se révélant plus insolite qu'inoubliable.




Wolfman de Joe Johnston. 1h39. Sortie : 10/02/2010.

1 commentaire sur “WOLFMAN”

Pascale a dit…

Deux bulles pour moi,
et c'est bien payé !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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